Wiki Guy de Rambaud
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                     Richarde d'Andlau, l'abbaye et son ourse


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Richarde de Souabe, Impératrice carolingienne, avec l'abbaye d'Andlau moderne et un de ses ours.

Charles III le Gros et Celse de Casauria, dans le Chartularium monasterii Casauriensis, ordinis S. Benedicti. (San Clemente a Casauria).

Le Jugement de Dieu, Sainte Richarde, Eglise d'Étival.

La terre-mère, sous la trappe de la crypte. C’est là l'ourse grattée la terre.

Clé de linteau aux deux ours.

Richarde de Souabe (Latin: Richgardis, Richardis) est née vers 840, peut-être à Kintzheim[1]. Impératrice carolingienne, elle est morte première abbesse d'Andlau, le 18 septembre 896[2], à l'abbaye d'Andlau, où elle est ensevelie, dans une chapelle de l'église[3].


Les Annales Alamannicorum nous disent que Richarde de Souabe est la fille de Berthold Ier, comte palatin d'Alsace, il est parfois aussi connu sous le nom d'Erchanger II (Erkingarius comes in Alamannia)[4]. Ils appartiennent à la maison des Alaholfinger, une importante maison de la noblesse carolingienne. Sa mère n'est certainement pas Gisela, fille de Louis II de Germanie, car elle déjà la mère de son mari. C'est d'après la Wikipedia (en allemand), et d'autres historiens, elle est une fille d'Erchanger le Jeune († 864), comte de Nordgau, descendant d'Etichon-Adalric d'Alsace, l'ancêtre des Étichonides. Selon Thierry Deslot et Isabelle d'Orléans, dans Impératrices et Reines de France, Richarde est la descendante par sa mère, des ancêtres de la lignée des comtes d'Andlau[5].

Belle, vertueuse, spirituelle, Richarde de Souabe connaît une enfance heureuse dans le Nordgau. Elle épouse en 862 un jeune prince carolingien Charles III (839 - 888). Charles devient souverain des différents royaumes de l'ancien empire de Charlemagne : l'Alémanie en 876, le trône italien après l'abdication de son frère aîné Carloman. Il est couronné empereur en 881 par le pape Jean VIII. Sa succession sur les territoires de son frère Louis le Jeune (Saxe et Bavière) l'année suivante réunit le royaume de Francie orientale. À la mort de son cousin Carloman II en 884, il hérite de toute la Francie occidentale, réunissant ainsi l'ensemble de l'Empire carolingien.

Charles III (839 - 888) humilie son épouse Richgarde en l'accusant d'avoir une liaison avec son ministre en chef et archichancelier, Liutward, évêque de Vercelli. Elle prouve son innocence dans une épreuve du feu et le quitte pour la vie monastique. Charles affirme que leur mariage n'es pas consommé et obtient le divorce[6]. L'Empereur se retourne ensuite contre Liutward, détesté de tous.

Richardis est, avant son épreuve du feu et son divorce, abbesse laïque de maisons religieuses à Säckingen et à Zurich. Protégée par sa famille, elle se retire dans un petit couvent dans la vallée de l'Andlau, fondé par Balthasard d'Andolo, ses ancêtres.

Selon une légende Richardis quitte le palais impérial et se promène dans la forêt qui porte de nos jours le nom d'Andlau. Un ange lui rend visite et lui ordonne de fonder un couvent à un endroit déterminé par un ours. À Val d'Éleon, au bord de la rivière, elle voit un ours gratter dans la terre. Là elle décide de construire l'abbaye d'Andlau.

Une autre légende raconte que Richardis trouve une mère ours en deuil de son petit mort dans la forêt. Quand Richardis tient l'ourson, il revient à la vie. Après avoir opéré ce miracle, la mère et le petit sont restés dévoués au saint toute leur vie. Selon d'autres le jeune animal n'est pas mort. Il dort.

Cependant, l'abbaye est fondée sept ans avant son divorce avec Charles le Gros (887), et la région est associée à l'ours dans les croyances des anciennes religions de l'ours. Intégrant le mythe païen de l'ours, les nonnes d'Andlau vont longtemps maintenir un ours vivant dans l'abbaye et permettre aux montreurs d'ours de faire une halte chez elles.

Richarde donne des statuts à l'abbaye d'Andlau en 892-893[7]. C'est dans cette abbaye que l'épouse de Charles-le-Gros finit ses jours dans la prière et les bonnes œuvres. Elle trouve aussi une source de consolations dans les lettres, qu'elle cultive avec une grande distinction ; plusieurs belles poésies, qui sont parvenues jusqu'à nous, peignent sa résignation et la pureté de son âme. Un siècle et demi après sa mort, elle est canonisée par le pape Léon IX, qui s'étant trouvé en Alsace, sa patrie, vient à Andlau bénir l'église nouvellement construite sous la très très jeune abbesse Mathilde de Franconie (1027 - 1034), sœur de l'empereur Henri III.

Selon les Annales Alamannicorum, divorcée, elle se remarie avec Liutward, évêque de Vercelli[8].


Article détaillé : Étichonides


Devant le tribunal du palais royal de Kirchheim, Richarde est accusée par son époux.

LES ORIGINES D'ANDLAU[]

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Du temps des Romains[]

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La Bataille contre Arioviste à côté d'Andlau (14 septembre 58 avant J. C.).

Le village est sans doute déjà occupé à l'époque gallo-romaine. Les légionnaires ont abattu au total 190 km, sans s’arrêter. La grande Bataille contre Arioviste à côté d'Andlau (14 septembre 58 avant J. C.).]] a lieu à l’emplacement de l’actuel village de Zellwiller de celui de Strotzheim. Il faut à César de la place pour plus de 30.000 hommes. Selon Stoffel, le camp d’une telle armée doit donc au moins mesurer 36 hectares. De tels espaces sont disponibles au sud du village de Zellwiller ou sur ses abords ouest. Il lui faut aussi la proximité d’un cours d’eau pour satisfaire les besoins des hommes et des bêtes. L’Andlau, qui contourne le village par l’est, peut parfaitement y pourvoir. Il faut également que ce camp soit proche d’un chemin par lequel le ravitaillement arrive de chez les alliés gaulois. Les légions viennent de l’emprunter.

Les d'Andolo[]

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Le fils de l'ours - Tome Vosges, Jean-Claude Servais, Dupuis 2019.

Vue d'Andlau et sa région à partir du Donon, la montagne sacrée (Crédit photo : Office de tourisme de la vallée de la Bruche / Stéphane Spach.)

La vallée de l'Andlau abrite à cette époque une faune complètement disparue, dont des ours.

Un dénommé Balthasard d'Andolo, natif de Bologne, est-il à l'origine de la création de la ville, de la famille noble des Andlau et de l'abbaye ? Il suit, paraît-il, Charlemagne qui se dirige vers le nord au VIIIe siècle. Se fixe t'il alors au val d'Eléon et est peut-être à l'origine de la fondation de la lignée de la famille noble des Andlau qui donne leur nom à Andlau[9].

Balthasard et son fils fondent-ils un petit couvent dans la vallée, près de la rivière Andlau ? Cette théorie est donc à l'encontre de la version qui veut que ce soit sainte Richarde qui fonde l'abbaye[10].

Mais, selon selon Thierry Deslot et Isabelle d'Orléans, dans Impératrices et Reines de France, Richarde est la fille du prince Erkanger de Souabe, de la famille des anciens ducs d'Alsace, et descendante par sa mère, selon la tradition, de la lignée des comtes d'Andlau[11].

Le château d‘Andlau paraît avoir été construit vers la fin du IXe siècle. En Alsace, comme ailleurs, les buttes féodales sont bâties en bois, terre et pierre sèche. Mais le château d‘Andlau est sur un rocher et donc construit tout de suite en pierre au moins en partie, ce qui n’interdit pas qu’il y ait aussi des bâtiments, à utilité essentiellement économique, en bois.

A la même époque, la famille fonde dans le val d’Andlau, un peu plus haut dans la vallée, une abbaye sous l’invocation de saint Lazare, où sont ensevelis, à partir de 999 jusqu'en 1787, tous les membres de la famille comtale. Cette abbaye est agrandie peu après par l’impératrice Richarde qui lui accorde le droit de battre monnaie[12].

La vallée de l'Andlau au IXe siècle. Le fils de l'ours - Tome Vosges, Jean-Claude Servais, Dupuis 2019.

LA FAMILLE DE RICHARDE D'ANDLAU, SA JEUNESSE[]

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Ses parents[]

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Mort de son beau-frère le duc Luidpolt de Bavière à la bataille de Pressburg.

Richarde ne descend pas d'un roi d’Ecosse comme de nombreuses légendes le prétendent.

Les Annales Alamannicorum nous disent que Richarde de Souabe est la fille de Berthold Ier (ca 825 - 893/896), comte palatin d'Alsace, il est parfois aussi connu sous le nom d'Erchanger II (Erkingarius comes in Alamannia)[13]. Ils appartiennent à la maison desAlaholfinger, une importante maison de la noblesse carolingienne. Sa mère n'est certainement pas Gisela, fille de Louis II de Germanie, car elle déjà la mère de son mari. C'est d'après la Wikipedia (en allemand), et d'autres historiens, une fille d'Erchanger le Jeune († 864), comte de Nordgau, descendant d'Etichon-Adalric d'Alsace, l'ancêtre des Étichonides. Selon Thierry Deslot et Isabelle d'Orléans, dans Impératrices et Reines de France, Richarde est la descendante par sa mère, de la lignée des comtes d'Andlau[14].

Elle a un frère Erchanger de Souabe (855 - 21 janvier 917), duc de Souabe, automne 915 - 917, comte palatin en Souabe, ∞ Bertha ; et une soeur Cunégonde de Souabe) épouse du duc Léopold de Bavière.

Les Alaholfinger[]

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Saint Rupert baptise le duc de Bavière Theodo II. Les Alaholfinger sont les descendants de l'une de ses filles.

Berthold, le 1er de ces comtes, en 724, est le Cofondateur du monastère de Reichenau (avec le duc alémanique Hnabi).

Halalolfus (Alaholf), † avant 776, 2e de ces comtes est fondateur du monastère de Marchtal.

Les Alaholfinger (également Ahalolfinger ou Bertholde) sont une famille de la noblesse souabe du temps des Carolingiens, dont les possessions se situent principalement dans la partie supérieure du Neckar et du Danube. Au-delà de leur étroit district de pouvoir, les Alaholfingers apparaissent comme ministres en Bavière, en Franconie et en Italie, où ils sont margraves du Frioul et comtes de Vérone.

Les plus connus sont les Alaholfinger souabes comtes palatins Berthold et ses fils Erchanger et Berthold, dans l'année 917 exécutés après qu'Erchanger devienne de duc de Souabe, luttant contre le roi Conrad Ier. Pour ces jeunes Alaholfingers, toutefois, leur lien avec les autres membres de la famille n’est pas certain.

Il n'y a pas de certitude non plus sur la survie des Alaholfinger. Certains historiens pensent qu'ils la famille est éteinte en 973, même si les Zähringer branche d'Alaholfinger est considéré comme possible.


¤ 1 Gotfrid d'Alémanie (ca 650 - 709) est duc d’Alemannia à la fin du VIIe siècle et jusqu’à sa mort. Il appartient à la maison Agilolfing, mais est la tige des Alaholfinger. Dans un document datant de l'an 700 à Cannstatt, Gotfrid fait don du château de Biberburg au monastère de Saint-Gall. Gotfrid se bat pour son indépendance de fait avec le maire du palais Pépin d'Héristal. Gotfrid est le mari d'une fille de Théodo de Bavière.


¤ 2 Berthold (687 - après 724) est certainement le fils ou le neveu de Gotfrid d'Alémanie (ca 650 - 709), princeps comte (724) et cofondateur du monastère de Reichenau (avec son neveu, le duc alémanique Hnabi)[15].


¤ 3 Halalolfus/Alaholf (ca 710 - avant 776) est le fils de Berthold (687 - après 724), comte, fondateur du monastère de Marchtal au milieu du VIIIe siècle ∞ Hildiberga (Hitta)[16].


¤ 4 Chrodhoh (ca 735 - 772) est le fils de Halalolfus/Alaholf (710 - avant 776) ∞ Raginsind/Reginswind, fille de Germund von Pappenheim (740 - 802.)


¤ 5 Berthold II (ca 755 - un 10 août 804/813) est le fils de Chrodhoh (735 - 772). Il est comte dans le Westbaar et comte dans l'est du Baar ∞ Gersuinda (760 - 790/797), fille d'Ascarius, comte dans le Westbaar.


¤ 6 Chadaloh I (ca 780 - 31 octobre 819) est le fils de Berthold II (ca 755 - un 10 août 804/813). En 817, il est envoyé par la cour impériale d'Aix-la-Chapelle comme princeps dans les régions frontalières frioulo-dalmates[17].

Les Alaholfinger sont une importante maison de la noblesse carolingienne.

Les Étichonides[]

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Étichonides et d'autres chrétiens.

Parentes de Richgardis.

Un des fils d'Etichon-Adalric d'Alsace se marie avec la fille aînée d'Eudes d'Aquitaine.

Etichon-Adalric d'Alsace et Bereswinde.

Les Étichonides constituent une maison noble importante, probablement d'origine franque, bourguignonne ou wisigothique, qui règne sur le Duché d'Alsace au début du Moyen Âge (VIIe - Xe siècles). La dynastie doit son nom à Eticho (également connu sous le nom d'Aldaric) qui règne de 662 à après 683.

Sa famille, les Étichonides, est surtout connue pour être à l'origine de nombreux monastères à partir du VIIe siècle. Etichon-Adalric d'Alsace, ses cinq enfants et ses onze petits-enfants patronnent et fondent onze monastères[18].

Les premiers comptes-rendus relatent les débuts de la famille dans le pagus Attoariensis, autour de Dijon, dans le nord de la Bourgogne. Au milieu du VIIe siècle, un duc de la région nommé Amalgar et son épouse Aquilina sont remarqués comme fondateurs et mécènes majeurs des monastères. Le roi Dagobert Ier et son père leur font des dons pour recouvrer leur loyauté et les dédommager des pertes subies en tant que partisans de la reine Brunhild et de son petit-fils, Sigebert II. Amalgar et son épouse fondent un couvent à Brégille et une abbaye à Bèze, installant un fils et une fille dans les abbayes. Leur troisième enfant, Adalric, leur succède et est le père du duc Etichon-Adalric d'Alsace. Ce second Adalric est le premier à remporter le titre ducal. Son nom, Eticho, une variante d'Adalrich, est utilisé par les érudits modernes comme nom de famille.

Du temps des Étichonides, l'Alsace est généralement divisée en un comté du nord et un comté du sud, le Nordgau et le Sundgau. Ces comtés, ainsi que les monastères du duché, sont soumis à un contrôle plus strict des ducs avec la montée des Étichonides. Il existe un débat scientifique sur la question de savoir si les Étichonides sont ou non en conflit ou alliés avec les Carolingiens, mais il est possible qu'ils soient les deux : opposants à l'extension de l'autorité de Charles Martel, dans les années 720, lorsqu'il fait la guerre à l’Alémanie pour la première fois, mais alliés lorsque les Alémans, commandés par le duc Theudebald, envahissent l'Alsace (dont la population compte un important élément d'Alémans) au début des années 740. Le dernier duc Etichonid, Liutfrid, est peut-être mort en combattant Theudebald au nom de Pépin le Bref.

Hugues de Tours et sa famille, y compris sa fille Ermengarde, épouse de Lothaire Ier et donc mère de trois rois carolingiens, font partie de la lignée des Étichonides. Au Xe siècle, les Étichonides sont restés puissants en Alsace compte, mais leur pouvoir est circonscrit de manière significative par les Ottoniens et au XIe siècle, le pape Léon IX semble ignorer que ses ancêtres, les seigneurs (ou chiffres) de Dabo et Eguisheim pour le précédente demi-siècle sont en fait les descendants directs des derniers Étichonides. De nombreuses familles européennes notables sont issues des Étichonides, y compris des Habsbourg.


¤ Rutrude de Nordgau (825 - 8??)


¤ Comte Erchanger le Jeune de Nordgau (805 - 864) ∞ Evesna.


¤ Comte Erchanger de Nordgau (775 - avant 817) ∞ Rotdrud


¤ ??? Luitfrid II de Sundgau (745 - 802)


¤ Luitfrid Ier d'Alsace (700 - 767) est le troisième et dernier membre de la famille des Étichonides à être duc d'Alsace. épouse: Hiltrudis (Hildewinde) née en 705. Ils ont deux enfants :


¤ Adalbert d'Alsace (Obernai vers 665 - 722 Odilenberg) est duc d'Alsace et comte de Sundgau. Le duc Adalbert fonde le monastère de Honau, sur une île du Rhin, au nord de Strasbourg. Il épouse Gerlind d'Alsace (679 - 715), fille d'Eudes d'Aquitaine de qui il a, entre autres, Luitfrid Ier d'Alsace qui est père de Rhutard qui suit.


¤ Etichon-Adalric d'Alsace (645 - 689) ∞ Bereswinde, une Hugobertide (645 - 700)


Article détaillé : Etichon-Adalric d'Alsace


Article détaillé : Étichonides


Mont Saint-Odile.

Sa jeunesse (840 - 862)[]

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Johann Friedrich Helmsdorf, Vue du château de Kintzheim, vers 1830.

Richarde fait ses études au monastère de Hohenburg, de nos jours, appelé plus couramment le Mont Sainte-Odile.

Richarde est née vers 840, à peut-être Kintzheim[19].

Son père, Erchangar, est comte de Nordgau, au nord de l'Alsace. Il exploite la faiblesse de Lothaire Ier pour se faire accorder le domaine de Kunigesheim (Kintzheimpar) un diplôme du 17 février 843. Il est surprenant de constater qu'Erchanger traite presque d’égal à égal avec les souverains de son temps, c’est-à-dire les fils et petits-fils de Charlemagne. C'est un descendant des Alaholfinger.

La mère de Richarde, moins connue, s’appelle Rutrude. Elle n'a rien à voir avec une certaine Gisela, soeur du futur mari de Richgardis. Rutrude est apparentée aux Étichonides, anciens ducs d’Alsace, et donc à Sainte Odile, grande abbesse du Mont Saint-Odile, très proche d'Andlau.

Durant sa jeunesse, Richarde fait ses études au monastère de Hohenburg, de nos jours, appelé plus couramment le Mont Sainte-Odile, où repose Sainte Odile, une de ses parentes. De ces visites lui naît la vocation de suivre l’exemple d’Odile et de consacrer sa vie à Dieu[20].

Les hagiographes la décrivent comme une belle jeune fille. Lettrée, elle parle et écrit le latin, cultive la poésie. Richarde est présentée comme une femme religieuse et vertueuse. Certains lui attribuent une santé fragile[21].

RICHGARDIS IMPÉRATRICE (862 - 887)[]

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Son mariage (862)[]

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Sceau de Charles III le Gros, IXe siècle. Bayerisches Nationalmuseum, Munich.

En 862, le comte Erchangar donne la main de sa fille Richarde au fils de Louis le Germanique, le frère de Lothaire Ier, Charles dit le Gros (839 - 888). Charles, futur Carolus imperator, tertius huius nominis et dignitatis est surnommé le gros quatre siècles plus tard. Aucune source datant de son époque ne le dit corpulent[22].

Richarde est la principale héritière des biens de son père en Alsace. Le mariage, purement politique, est célébré le 1er août 862 à Francfort. A cette occasion, Louis le Germanique donne à son fils Charles III, comme dotation pour son épouse, des territoires situés dans le Brisgau, à Bergen, Endgingen, Balingen, Kiechlinsberg et Saxen.

Charles n'est donc pas, en 862, destiné à être empereur, mais il devient souverain des différents royaumes de l'ancien empire de Charlemagne : l'Alémanie en 876, le trône italien après l'abdication de son frère aîné Carloman. Il est couronné empereur en 881 par le pape Jean VIII. Sa succession sur les territoires de son frère Louis le Jeune (Saxe et Bavière) l'année suivante réunit le royaume de Francie orientale. À la mort de son cousin Carloman II en 884, il hérite de toute la Francie occidentale, réunissant ainsi l'ensemble de l'Empire carolingien.

L'impératrice[]

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Une représentation de sainte Richgardis dans l'abbaye de Hohenburg.

Le monde carolingien au IXe siècle est en proie à une intense décomposition interne et ne peut faire face à toutes ces lourdes menaces extérieures qui ne cessent de s'accroître.

C’est une suite presque ininterrompue de conflits, de traités rompus dès que signés, de massacres, de traîtrises en tous genres chez les Carolingiens.

A cela s'ajoutent les invasions normandes qui, ne se contentant plus de rapines sur les côtes de la mer, remontent vers les villes et sanctuaires des rives des fleuves. Les raids sarrasins continuent bien après les victoires de Charles Martel et la création de la Marca hispanica par Charlemagne. A cela s'ajoutent les chevauchées hongroises.

C’est donc Charles qui est sollicité pour défendre le Saint-Siège notamment contre les attaques menées par les sarrasins au sud de l’Italie. Toujours accompagné par Richarde, il s’y déplace avec son armée à plusieurs reprises[23]. Charles III a la tâche difficile pour conserver le sceptre impérial. Il réussit tout de même grâce à la mort de ses deux frères à réunir sous son sceptre tout le patrimoine de son père. Il reste roi de Germanie et d’Italie et assure la régence de France.

Par ailleurs, suite à la disparition de sa famille royale, son mari devient l’ultime représentant de la dynastie carolingienne et accède, petit à petit, au rôle du souverain le plus puissant du continent européen. En l’an 881, il est couronné Empereur d’Occident avec sa femme Richarde, par le pape Jean VIII à Rome.

Richgardis abbesse (878)[]

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Abbaye de Säckigen.

Le roi souffre d’une maladie neurologique, on pense qu’il est épileptique. Donc un climat de terreur et de suspicion se répand à la cour de son mari.

Selon ses hagiographes Richarde est à l'origine des premiers succès politiques et de l'ascension de son époux prend l'administration politique en main, au grand dépit des courtisans. Dans la réalité, Richardis tente de régner à la place de son mari, mais sans succès.

L’Alsace appartenant à cet empire, Sainte Richarde joue sûrement joué un rôle important dans l’histoire de cette région[24].

Tous les documents de l’époque témoignent de la bienveillance de la femme de l'empereur envers les couvents et églises qu’elle fonde. Connaissant les aspirations de sa femme pour le développement des communautés religieuses et les œuvres charitables, Charles III l’institue, le 10 février 878, comme abbesse laïque des abbayes de Säckigen, Saint-Félix et Regule à Zurich, Saint Martin de Pavie et le monastère de Zurzach. Dans ces abbayes, Richarde jouit des honneurs dus à l’abbesse et de revenus relatifs à cette charge, sans en exercer elle-même les fonctions : une prieure la remplace dans ce rôle[25].

Ce don à son épouse comprend d'importants droits politiques et un vaste domaine couvrant des terres des vallées du Rhin et du Frick, au sud de Hotzenwald, et des terres situées à Zurich, le long du lac Walen et de la vallée de Glaris[26].

L'OURSE D'ANDLAU[]

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Les traditions liés à l'ours dans les Vosges et en Alsace[]

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Intimité entre l'ours et l'homme.

Ourse en pierre dans la crypte. On prête à cette ourse des vertus de fécondité.

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Contrairement à ce que pense la plupart de nos contemporains l'ours est aussi, à l'origine, un animal très répandu en plaine. La forêt primitive qui, à l'époque gauloise, recouvre en grande partie les Vosges et l'Alsace, abrite, à côté de l'élan, de l'aurochs ou du bison, plusieurs centaines d'ours. Toute cette grande faune est installée là depuis la fin de la dernière glaciation, soit une bonne dizaine de millénaires au bas mot[27].

L'ours s'appelle dans le patois de la montagne bérion ou bérian, mot emprunté à l'alsacien Bäeren. L'ourse de sainte Richarde est la plus connue. La sainte alsacienne fonde l'abbaye d'Andlau è l'endroit même où elle voit une ourse gratter la terre. L'animal, qui enterre son ourson, répondait ainsi à une vision prémonitoire de la sainte. L'abbaye conservera très longtemps des ours vivants. Au XVIe16 siècle, on les remplace par une statue qui existe encore. La tradition affirme qu'après cet échange, les pèlerinages perdirent beaucoup de leur efficacité, et qu'il arrive même que des bruits plaintifs s'élèvent de l'autel[28].

Une légende recueillie en patois dans la région du Col de Saales, pas très loin d'Andlau explique que l'ours, appelé oche est bien à l'origine d'un homme véritable, transformé en animal par punition divine. Vivant en solitaire au fond de sa forêt, l'ours légendaire, qui connait beaucoup de secrets, s'intéresse particulièrement aux jeunes filles. A Andlau la fameuse statue d'ours est réputée rendre fécondes les femmes stériles, qui doivent pour cela se laisser glisser le long de son échine. Cette intimité entre l'animal et l'homme renvoie aux rites les plus archaïques de la tradition européenne. Quelques dictons vosgiens qui parlent de mystérieux ours cornus ne sont pas sans évoquer le paganisme antique[29].

Chasse à l'ours dans les Pyrénées[30].

Richgardis et son ourse (881)[]

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La déesse Artio du groupe de statuettes trouvées à Muri, près de Berne, pas très loin d'Andlau.

Richgardis et la fondation de l'abbaye d'Andlau au IXe siècle. Le fils de l'ours - Tome Vosges, Jean-Claude Servais, Dupuis 2019.

Les archéologues Forrer et Wirtz prétendent que l’abbaye d’Andlau tout simplement prend la relève d’un sanctuaire celtique dédié à la déesse ourse Artio. Son nom est dérivé du mot gaulois artos, venant du proto-indo-européen h₂ŕ̥tḱos[31]. De ce lieu, il ne nous reste que le rocher de la légende, situé sous une petite trappe en bois dans la crypte de l’abbaye d’Andlau[32].

Vers 880, Richgardis fonde Andlau, anciennement nommé Val d’Eléon. La première version de l’histoire de cette fondation veut que, près de la vallée d’Eléon où sainte Richarde chercha un endroit sauvage pour sa retraite, elle entende un ermite lui crier :

Sainte femme là où tu verras une ourse noire creuser la terre, tu auras bâti la maison de dieu[33].

Le bonheur que cette communication divine envahit Richarde. Sans tarder, accompagnée de quelques personnes dévouées, l'impératrice descend du Hohenbourg, pénètre dans ses domaines, et arrive jusqu'à l'entrée du val d'Eléon.

Une fois descendue dans la vallée, Richarde voit une ourse gratter la terre[34].

Confiante en les paroles de l’ermite, elle se approche alors de l’ourse et la caresse. Un chroniqueur prétend que l'impératrice passe la première nuit toute entière en prières sur la place indiquée, et quand les fatigues, la lassitude trompent ses forces, elle sommeille appuyée contre de gros sapins.C’est donc à cet endroit qu’elle construit son abbaye.

Une deuxième légende raconte que depuis la mort de son père Erchanger, Richarde fait construire un monument à sa mémoire dans le domaine qu’il lui a donné. Elle a un jour eu une vision lors de laquelle elle entend une voix lui dire :

Descends jusqu’au bas de la montagne, tourne-toi vers le domaine que tu as reçu de ton père et avance jusqu’à une ourse grattant la terre avec ses petits, là, construis un monastère[35].

Et c’est ce que l’impératrice fait. D’autres racontent encore que l’ourse lui montre son petit mort (certains prétendent que celui-ci est juste engourdi par le froid). Sainte Richarde le prend dans ses bras et l'ourson ressuscite[36].

Fondation de l'abbaye (880)[]

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Richarde de Souabe et l'abbaye d'Andlau.

Abbaye d'Andlau : cave.

Richarde de Souabe fonde ce monastère en 880 dans un lieu vénéré pendant son enfance, puis la dote richement en rassemblant des bans pacifiés (territoires communaux). Bien évidemment, dit la légende, durant la consécration de l'église, tous les ours de la forêt vosgienne viennent entourer et saluer le sanctuaire avant de retourner dans les montagnes[37].

Après le couronnement (881), Richarde fait don au pape du monastère de femmes qu’elle vient de fonder à Andlau et le place sous sa protection. L’empereur confirme la donation de l’abbaye et le souverain pontife lui accorde plusieurs privilèges, dont celui de la libre élection de son abbesse.

A peine vient-il de répondre au pieux souhait de sa femme que l’empereur tombe gravement malade. Son état de santé ne fera d’ailleurs qu’empirer d’année en année.

Le pape Jean VIII s’adresse à Richarde et à Luitward, chancelier et homme de confiance de Charles III, à travers deux lettres et leur implore un secours rapide face aux incursions sarrasines. Malheureusement, Charles le Gros n’arrivant pas à se décider à temps, Jean VIII est finalement assassiné le 15 décembre 882.

Début 884, les monastères d’Etival et de Bonmoutier sont placés sous le contrôle de l’abbaye d’Andlau.

Richarde de Souabe, Impératrice carolingienne, fonde donc l'abbaye d'Andlau et est sa première abbesse d'Andlau (887).

RICHGARDIS RÉPUDIÉE[]

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Richgardis et Liutward[]

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Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, Statue de sainte Richarde au milieu des gargouilles.

Bérenger d'Italie.

En 886, l’empereur négocie le départ des Normands qui assiègent Paris, malgré une supériorité militaire indéniable et le souhait des barons d’engager la lutte.

Richarde a un penchant pour les voyages. Elle effectue plusieurs pèlerinages et ramène des reliques de différents endroits, dont un crucifix orné de pierres précieuses contenant une partie de la vraie croix de Jésus-Christ. Elle en fait don à Liutward, évêque de Vercelli qui le porte presque toujours autour du cou, en collier sur la poitrine.

A chaque office, Richarde vénère cette relique, elle l’embrasse en se penchant vers le chancelier officiant. Ce geste, tout à fait anodin, selon ses hagiographes, fournit aux princes une preuve des relations coupables entre Richarde et Liutward. Par cette accusation, ils souhaitent disloquer la puissance de ces deux personnes. Toujours aussi influençable, Charles III se laisse convaincre. En réalité le couple Richarde/Liutward gère très mal l'Empire, est détesté de tous ceux qui les approchent et l'adultère est bien réel. Richarde va d'ailleurs se remarier Liutward, évêque de Vercelli[38].

Les hommes de Liutward, en 886, enlèvent la fille d'Unroch III de Frioul, au couvent de San Salvatore, à Brescia, et la forcent à épouser l'un des parents de l'évêque. Cela provoque une inimitié entre Liutward, le principal prélat carolingien de Lombardie, et Bérengar de Frioul, le principal magnat laïc. Berenger et Liutward ont une querelle cette année-là, à cause de cet enlèvement et mariage forcé, mais aussi le pillage des biens de l'évêque par le magnat. Quoi qu'il en soit, l'évêque et le margrave sont réconciliés peu de temps avant que Liutward ne soit renvoyé du tribunal en 887.

En 886, l’empereur négocie le départ des Normands qui assiègent Paris, malgré une supériorité militaire indéniable et le souhait des barons d’engager la lutte. Il marchande leur départ à prix d’argent. Ce marché, considéré comme honteux et faible, associé à d’autres facteurs, déplaît fortement aux seigneurs qui entourent Charles. Ils mettent un plan sur pieds. Pour que celui-ci aboutisse, il leur faut éloigner de la cour les deux personnes les plus influentes et les plus proches de l’empereur : Richarde et Luitward[39].

Manipulé par quelques conseillers, Charles accuse sa femme d'adultère et la répudie arguant que le mariage n'a jamais été consommé. Le but est également de faire tomber le trop puissant et haï, ministre en chef et archichancelier Liutward, évêque de Vercelli.

L'épreuve du feu[]

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Richardis subit des épreuves du feu. Peinture de Dierec Bouts.

Devant l’assemblée des grands seigneurs de l’empire, Richarde est accusée d’adultère. Cette dernière exige de son mari la possibilité de se justifier devant une cour d’évêques et de princes afin de prouver son innocence et de convaincre l’assemblée.

Richarde n'a malheureusement pas d'enfant, elle est soumise à l'ordalie mentionnent les chroniqueurs religieux. Richarde est vêtue d’une tunique enduite de poix. Elle se tient ue immobile sur un tapis de braises. Non seulement son vêtement ne prend pas feu, mais les charbons ardents s'éteignent sous ses pieds nus[40].

Richarde, acquittée par ce miracle, déclare à son mari que, malgré tout le mal qu’il lui inflige, elle lui accorde son pardon mais qu’elle le quitte pour aller se retirer au monastère du Val d’Eléon (Andlau).

Une autre légende, beaucoup moins connue, favorise le combat singulier. Le sire d’Andelo, un cousin de Richarde, vient pour blanchir l’honneur de sa parente en combattant pour elle le chevalier rouge, son calomniateur. Après ce combat, dont le sire d’Andelo sort vainqueur, Richarde se remet à la tête du royaume et appelle son défenseur auprès d’elle. Elle le nomme mon chevalier.

L'impératrice répudiée, protégée par ses parents, se retire à l'abbaye d'Andlau, sanctuaire de la montagne vosgienne, à 35 km de Strasbourg.

Abbatiale Sainte-Richarde d'Andlau, panneau qui montre une chasse à courre.

L'ABBAYE d'ANDLAU[]

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L'impératrice se réfugie à l'abbaye[]

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Richarde de Souabe, Impératrice carolingienne, première abbesse d'Andlau (887), et son ourse.

L’impératrice, calomniée, se retire dans son abbaye. Elle s’efforce de lui donner un rôle fidèle au message du pape : celui d’un phare de la chrétienté.

Vers 890, Richarde élabore une partie des statuts de son abbaye d’Andlau. L’abbesse, élue par les suffrages de la communauté toute entière, doit être issue de la famille paternelle de Richarde. En cas de non-présentation d’un de ses membres de la famille, celle qui sera jugée la plus digne pourra être élue. L’abbesse doit faire vœu de chasteté et doit choisir un avoué ou un défenseur pour conserver et maintenir ses droits, rendre la justice en son nom, protéger et soutenir l’abbaye[41].

En demandant au pape Formose de confirmer les privilèges et les biens d’Andlau et de frapper d’anathème tous ceux qui oseront lui faire violence, elle renouvelle l’acte de 881 et place l’abbaye sous la double autorité et le double protectorat (pape et empereur).

Sa vie à Andlau[]

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La plus vieille représentation de la sainte après 1160.

Toujours est-il que ces événements ont vite des échos dans toute l’Europe et que la renommée de l’empereur est bafouée. Ainsi les ducs, comtes et évêques de l’Empire se révoltent dans l’objectif de destituer l’empereur.

Richarde finit sa vie dans la prière et les bonnes œuvres. Elle trouve aussi une source de consolations dans les lettres, qu'elle cultive avec une grande distinction ; plusieurs belles poésies, qui sont parvenues jusqu'à nous, peignent sa résignation et la pureté de son âme.

Une légende rapporte que l’impératrice envoie de Rome à Andlau la haute grille en fer forgé qui se dresse dans le chœur de l’église, derrière l’autel Sainte-Croix. Elle charge le diable d’en assurer le transport. Le démon, lors de ce voyage, finit par être bien fatigué. Il se repose dans les prairies situées au fond de la vallée, non loin de l’abbaye, sur un rocher qui au XVIIe siècle est encore surnommé Gätterstein[42].

On dit que, vers 890, elle fait revenir les cendres de ses parents à Andlau, jusqu’à présent inhumés au Mont Sainte-Odile.

Après sa mort[]

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Saint Léon IX, né Bruno d'Eguisheim-Dagsburg, marque la reconnaissance officielle de l’Eglise de la sainteté de l’impératrice, en 1049.

Procession de sainte Richarde à Andlau.

Sa nièce, Rothtudis, est deuxième abbesse d'Andlau en 889[43].

Richgardis meurt avant la fin du IXe siècle. Baldram, évêque de Strasbourg, célèbre ses funérailles. Elle est enterrée dans une chapelle latérale de l'église d'Andlau.

Le 10 novembre 1049, le pape alsacien Léon IX, de retour du concile de Mayence, s’arrête à Andlau. Il bénit la nouvelle église abbatiale, nouvellement construite sous l'abbesse Mathilde, sœur de l'empereur Henri III. Il transfère le corps de Richarde. Il fait ériger un sarcophage au fond du chœur, derrière le maître-autel où les reliques sont déposées en grande procession. Selon les usages et les rites en vigueur à cette époque, cet acte équivaut à la canonisation et marque la reconnaissance officielle de l’Eglise de la sainteté de l’impératrice[44].

L’abbaye d’Andlau a pour vocation de servir de refuge à des jeunes filles nobles (à partir de treize ans) touchées par des revers de fortune ou qui souhaitent vivre en communion avec le Seigneur, sans se lier par des vœux monastiques.

Les chanoinesses copient des manuscrits, réalisent les enluminures, chantent les louanges : elles brillent dans les arts et la science. C’est ainsi que le monastère devient un des centres intellectuels de l’Alsace, tel que le Mont Sainte-Odile ou l’institution Saint-Etienne de Strasbourg. On suppose que l’abbaye possède une importante bibliothèque, victime d’un incendie en 1160.

Les lieux de culte les plus importants sont Andlau, Marlenheim et Etival. A Marlenheim, Richarde est patronne de l’église paroissiale. A Etival, en 1146, l’abbesse Mathilde introduit la règle des Prémontrés et leur remet des reliques précieuses de sainte Richarde renfermées dans une châsse surmontée de la statue de Richarde. Parmi ces reliques, reliques authentifiées en 1896, se trouve une partie du crâne, ainsi que la tunique portée par sainte Richarde pour l’épreuve du feu.

En 1946, à Strasbourg, la fête de sainte Richarde est fixée au 25 septembre.

De l’abbaye fondée par sainte Richarde, il ne reste plus que l’église abbatiale. La célèbre façade actuelle, richement ornée de sculptures, date du XIe siècle. L’un de ses bas-reliefs, sur la clé de voûte du porche de l’église est la plus vieille représentation de la sainte après 1160. On y voit le Christ assis sur un trône, bénir une femme dont la couronne est usée par le temps. C'est sainte Richarde plaçant son abbaye sous l’autorité du Christ.

L'ours et Andlau[]

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Stèle avec deux ours portant le blason de la cité[45].

Statue de l'ours, près de l'église.

Statue de l'ours à la grappe de raisins.

Présence de l'ours dans les Vosges et en Alsace.

A la mort de l’impératrice, son ourse tente de réchauffer le corps de la sainte, mais voyant qu’elle n’y parvient pas, elle choisit de se laisser mourir.

D’aucuns prétendent que la cavité que l’on peut voir dans la crypte a été creusée par cette ourse. Car on dit qu’après la mort de la sainte, l’ourse revient sur la sépulture pour gratter le sol.

D'aucuns prétendent que la crypte est l'ancienne caverne de l'ourse. Plus sérieusement des fouilles archéologiques démontrent que la crypte a remplace un sanctuaire romano-celtique dédié à la déesse ourse Artio.

L'ours reste lié à la cité de sainte Richarde. L'attribut de l'ours à Richarde a ses racines dans la légende, comme cela a été le cas pour l'évêque de Strasbourg, saint Florent, l'ermite de Haslach (également un ours).

Afin de conserver davantage le souvenir de ce fait, on élève dans l'abbaye un ours. Dans les registres des droits de l'abbaye, renouvelés en 1348, on lit : Les boulangers qui fréquentent le marché d'Andlau sont obligés de fournir chacun un pain par semaine pour la nourriture de l'ours.

Quand l'ours entre dans la composition d'une armoirie il peut être représenté en pied ou debout, c'est-à-dire dressé sur ses pattes de derrière. Il peut aussi être accroupi, couché, passant, rampant ou dressé à mi-corps; enfin, bâillonné ou muselé d'un émail particulier.

Dans les temps les plus reculés, des montreurs d'ours sillonnent l'Allemagne. L'Empereur Henri le Saint (973 - 1024) prend plaisir à faire enduire de miel un de ces misérables et à le livrer ensuite, devant sa cour, à la gourmandise féroce de ces animaux. L'abbé de Stablo, Poppo, obtient de lui, non sans peine, qu'il se prive de ce divertissement barbare[46].

Pendant des siècles, les montreurs d'ours qui se rendent à Andlau ont droit, de la part de l'abbesse, à un repas, un pain et trois gulden[47].

En 1675, on tue un ours dans la forêt de Barr. On prétend que le dernier ours des Vosges est abattu en 1695, près du château d'Andlau. Tout ne se termine pas par ce massacre.

L'animal qui rend les femmes fertiles, symbole de l'abbaye, ayant, parait-il, un jour déchiré un enfant, on renonce à l'usage d'en entretenir un vivant. Grandidier dit que l'on voie encore en 1754, dans la cour de l'abbaye, une grande pierre où les ours ont été attachés.

UN autre ours en pierre, de facture romane (XIIIe siècle), que l'on voit, dans la crypte, monte la garde près de la cavité creusée par les vrais ours, et près de la porte d'entrée de l'abbatiale.

La figure de cet animal se retrouve aussi dans le vitrail du fond du jardin, dans le tableau de Dubois, dans la frise, sur la fontaine place de la mairie, près du monument aux morts... Deux ours forment encore aujourd'hui les supports des armes de l'abbaye.

Une femme de Betschwiller dit à Auguste Stöber, en 1849, que sa mère a vu le dernier ours entretenu aux frais du couvent.

Le plus ancien ours à Andlau figure sur une frise du XIIe siècle qui orne la façade : un chevalier armé d'une épée fait face à l'ours.

LES SEIGNEURS d'ANDLAU ET LES ANDLAUER[]

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Les seigneurs d'Andlau[]

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Sceau d'Eberlin von Andlau.

Les premiers d‘Andlau et les d'Andlauer, branche bâtarde (flèche bleue)[48].

Le château du Haut-Andlau.

Le château du Spesbourg.

En 1808, les ruines du château de Birseck sont achetées par Conrad von Andlau qui le restaure totalement.

Un chevalier d'Andlau aide Richarde à trouver l'emplacement où l'ours gratte le sol. La famille des Andlau accède au statut de chevaliers à cette époque (IXe siècle). Ils prennent le nom de la cité et font ainsi des legs à l'abbaye. Mais on peut aussi prétendre que cette famille prend le nom de la ville, qui par la suite lui donne ses armoiries.

Les d'Andlau sont une famille noble alsacienne, ainsi nommée probablement parce qu'elle détenait héréditairement l'avouerie de l'abbaye d'Andlau[49].

La première mention de la famille remonte en 1144-1150 avec le vicedominus Otto de Andelahe[50]. On aussi Gunther d'Andalau, cité en 1141, qui devient abbé de Saint-Blaise.

Le château du Haut-Andlau (Hohandlau), au sud-ouest de Strasbourg, est construit par Eberhard von Andlau et détruit en 1246[51]. Il est reconstruit en 1344 par Rudolf von Anlau[52].

Le château du Spesbourg est construit, entre 1246 et 1250, par Alexandre de Stahleck-Dicka, burgrave de Strasbourg, sur le Rothmannsberg. Après l'extinction de la lignée des Von der Dicka, en 1386, les sires d'Andlau l'acquièrent par héritage[53][54].

Les Andlau ont des terres surtout en Haute-Alsace, notamment Hombourg, Klein-Landau, Kingersheim et Wittenheim[55].

L'aîné de la famille porte depuis 1356 le titre, confirmé par Charles Quint en 1550, de premier des quatre chevaliers héréditaires du Saint Empire romain germanique. Les d'Andlau appartiennent à la chevalerie d'Autriche antérieure (immatriculation en 1458) et à la chevalerie d'Empire de Basse-Alsace (immatriculation en 1547)[56].

Les d'Andlau perdent quatre des leurs à la bataille de Sempach en 1386[57].

Ils exercent au Moyen Age des charges ecclésiastiques et municipales en Alsace, à Strasbourg et à Bâle, par exemple Bartholomäus, Georg, Hartmann ou Peter[58].

C'est un Andlau qui tue le dernier ours de cette vallée en 1625[59]. Punition des dieux (?), cette famille est particulièrement affectée par la guerre de Trente Ans, de 1618 à 1648.

L'empereur Léopold Ier les élève au rang de barons en 1676. Vers 1678, une branche s'établit dans l'évêché de Bâle. Outre des chanoines de Bâle et de Moutier-Grandval, elle donne après 1714 quatre baillis de Delémont et du Birseck, tels François Charles et Jean-Baptiste Georges[60].

La famille possède l'hôtel d'Andlau, à Arlesheim, de 1762 à 1844, où elle fait aménager en 1785 un célèbre jardin anglais, l'Ermitage, détruit en 1792, mais reconstitué en 1808.

Louis XV reconnaît le titre de baron en France à toute la famille en 1773.

L'Autriche confère en 1817 à la branche de Hombourg le titre de comte, reconnu la même année par le grand-duché de Bade.

Ayant acquis le château de Birseck, Conrad Charles Frédéric en prend le nom dès 1808. La branche d'Andlau-Birseck s'éteint en 1917 dans le Bade[61].

Cette famille vend ses biens en Suisse en 1844.

Les familles d'Andlau-Hombourg et d'Anndlau-Klein-Landau subsistent aujourd'hui encore en France[62].

Les d'Andlauer[]

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L'abbaye d'Andlau vers 1400, avant sa transformation au XVIIIe.

Neige, par Pierre Andlauer.

A Andlau, comme souvent au Moyen Age, une ville se forme autour de l’abbaye. Une population active mais dépendante du couvent s’installe à proximité des moniales qui se chargent de cultiver le souvenir de la sainte.

Peter Andlauer ( (ca 1430 - 1505) est le fils bâtard de Walter II von Andlau (ca 1375 - 1441). Il est fieffe de l'hôpital des Cordeliers de Bâle pour des prés à Uffholtz (Charte du 3 juillet 1453). Le 28 avril 1455, il reçoit en fief de son père :

Der Dingherhoff im Hagen zu Regisheim. Der Bannwarththumb zu Regisheim. Der Castelgraben zu Regisheim. Der halben Zehenden fur diesselt der Thur in dem Bann zu Busenweiler (la moitié de la dîme dans le ban de Bosenweiller) und Haüser zu Uffholtz.. In dem slben Bann, 34 Schatz Reben und 7 Mannwerck Matten + 2 Junckmatten (des champs à Zimmersheim, jouxtant la propriété de Walter II d'Andlau).

En 1458, il possède des biens dans la région de Guebwiller (Acte du premier mai 1458). En 1480, touche un cens sur une maison à Wittenheim[63][64].


Son fils, Walter Andlauer (ca 1470 - 1534) est intendant à Guebwiller, en 1493, d'un sire d'Andlau en 1495, puis d'Arnold von Andlau en 1509, dont il est souvent le mandataire. Administrateur de la confrérie Saint-Sébastien (1509), il est juré au tribunal hebdomadaire d'Ensisheim. C'est un homme riche à cheval entre la noblesse et et la bourgeoisie. On a des inféodations et réversales, datées de 1506 et 1516, en faveur de Walter Andlauer et de ses neveux[65][66].

Leurs descendants portent généralement les mêmes prénoms que les d'Andlau, illustre famille noble alsacienne.

L'Andlau qui s'écoule aux pieds des belles maisons alsaciennes dominées par l'église abbatiale Sainte-Richarde d'Andlau.

NOTES ET RÉFÉRENCES[]

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  1. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  2. FRANCONIA, NOBILITY (fmg)
  3. Nouvelle histoire généalogique de l'auguste Maison de France, Volume 1, Partie 1, Christian Settipani, Éditeur P. van Kerrebrouck, 1987, ISBN 2950150934, 9782950150936.
  4. FRANCONIA, NOBILITY (fmg)
  5. Impératrices et Reines de France, Thierry Deslot, Isabelle d'Orléans, Comtesse de Paris, Frédérique PATAT, ISBN 2373240505, 9782373240504.
  6. Nouvelle histoire généalogique de l'auguste Maison de France, Volume 1, Partie 1, Christian Settipani, Éditeur P. van Kerrebrouck, 1987, ISBN 2950150934, 9782950150936.
  7. Nouvelle histoire généalogique de l'auguste Maison de France, Volume 1, Partie 1, Christian Settipani, Éditeur P. van Kerrebrouck, 1987, ISBN 2950150934, 9782950150936.
  8. FRANCONIA, NOBILITY (fmg)
  9. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  10. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  11. Impératrices et Reines de France, Thierry Deslot, Isabelle d'Orléans, Comtesse de Paris, Frédérique PATAT, ISBN 2373240505, 9782373240504.
  12. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  13. FRANCONIA, NOBILITY (fmg)
  14. Impératrices et Reines de France, Thierry Deslot, Isabelle d'Orléans, Comtesse de Paris, Frédérique PATAT, ISBN 2373240505, 9782373240504.
  15. Berthold Graf
  16. Halaholfus (Alaholf) Count
  17. Chadaloh I. Margrave de Frioul
  18. Conflict in Medieval Europe: Changing Perspectives on Society and Culture, Warren C. Brown, Piotr Górecki, Routledge, 2017. ISBN 1351949721, 9781351949729.
  19. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  20. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  21. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  22. MacLean, Simon. Kingship and Politics in the Late Ninth Century: Charles the Fat and the end of the Carolingian Empire. Cambridge University Press: 2003.
  23. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  24. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  25. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  26. ABBAYE DE SÄCKINGEN
  27. L'ours dans les Vosges
  28. L'ours dans les Vosges
  29. L'ours dans les Vosges
  30. Une conférence sur une page oubliée de l’histoire des Corbières au Moyen Age.
  31. Delamarre, X. Dictionnaire de la langue Gauloise (2e éd.) Paris: Editions Errance (2003). ISBN 2-87772-237-6.
  32. L'Alsace celtique ; La Déesse Artio
  33. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  34. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  35. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  36. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  37. L’Ours brun: Biologie et histoire, des Pyrénées à l’Oural, Collection Parthénope, Pascal Etienne, Jean Lauzet, BIOTOPE, 2009. ISBN 236662106X, 9782366621068.
  38. FRANCONIA, NOBILITY (fmg)
  39. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  40. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  41. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  42. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  43. Nouvelle histoire généalogique de l'auguste Maison de France, Volume 1, Partie 1, Christian Settipani, Éditeur P. van Kerrebrouck, 1987, ISBN 2950150934, 9782950150936.
  44. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  45. L’Ours brun: Biologie et histoire, des Pyrénées à l’Oural, Collection Parthénope, Pascal Etienne, Jean Lauzet, BIOTOPE, 2009. ISBN 236662106X, 9782366621068.
  46. Histoire d'Andlau, n°1, son passé, du Frère Albert Martiny, 1978.
  47. L’Ours brun: Biologie et histoire, des Pyrénées à l’Oural, Collection Parthénope, Pascal Etienne, Jean Lauzet, BIOTOPE, 2009. ISBN 236662106X, 9782366621068.
  48. Histoire de l’Alsace, Tome VIII, Maison d’Andlau
  49. Dictionnaire historique de la Suisse (1988).
  50. Dictionnaire historique de la Suisse (1988).
  51. Dictionnaire historique de la Suisse (1988).
  52. Sur les traces du passé: auf den spuren der vergangenheit, Claire Wagner-Remy, BoD - Books on Demand, 8 juin 2016.
  53. Photos panoramiques du village d'Andlau
  54. Sur les traces du passé: auf den spuren der vergangenheit, Claire Wagner-Remy, BoD - Books on Demand, 8 juin 2016.
  55. Dictionnaire historique de la Suisse (1988).
  56. Dictionnaire historique de la Suisse (1988).
  57. Dictionnaire historique de la Suisse (1988).
  58. Dictionnaire historique de la Suisse (1988).
  59. Sur les traces du passé: auf den spuren der vergangenheit, Claire Wagner-Remy, BoD - Books on Demand, 8 juin 2016.
  60. Dictionnaire historique de la Suisse (1988).
  61. Dictionnaire historique de la Suisse (1988).
  62. Dictionnaire historique de la Suisse (1988).
  63. Bulletin du Cercle Généalogique d'Alsace N°156, 2006.
  64. Bulletin de la SHAM (2001).
  65. Bulletin du Cercle Généalogique d'Alsace N°156, 2006.
  66. Bulletin de la SHAM (2001).
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