Wiki Guy de Rambaud
Advertisement

.

.

.

.

.


                                 Loups en Picardie


.

.

.

.

.

Toponymes évoquant les loups dans le département de l’Aisne[1].

L'histoire des Loups en Picardie du XVe siècle, où les leus du fait des guerres massacrent les humains ce qui amène à leur éradication au XIXe se termine par leur retour au XXIe siècle.


Parler de loups, en Picardie depuis peu, n'est plus appeler le sourire sur les lèvres de tous ceux qui voient en eux des animaux maléfiques et antédiluviens. Cela vient du temps peu éloigné du nôtre où le loup, plus qu'ailleurs, dans nos campagnes, est assimilé aux plus grands fléaux la peste, les inondations, la famine ou la guerre. Certains plumitifs français des siècles passés vont jusqu'à écrire qu'il est le compagnon habituel de celle-ci, alors qu'en Italie la Louve est la mère de substitution de Romulus et Rémus.

La présence du loup dans l’héritage romain rappelle l’existence de compagnies ou communautés similaires chez d’autres peuples indo-européens[2]. Le loup est dans de nombreuses civilisations antiques respectés et vénérés[3]. Et pourtant au moins 5.000 loups sont tués en Picardie au XIXe siècle[4].

Cela fait maintenant des années que des loups remontent vers le nord de la France... Ce mammifère est en voie de réapparition (pour une fois !) au sein de la région picarde. Il s'agit vraisemblablement de jeunes adultes en phase de dispersion, qui sont en train de chercher un territoire. Le loup peut parcourir une centaine de kilomètres en une nuit : dans les mois ou les années qui viennent, c'est certain, il sera dans l'Oise, dans la Somme et dans l'Aisne en permanence et en nombre. Comme l'écrit Bernard Daniel, on passe de la peur à la passion. C'est le renversement d'une image[5].

UN ANCÊTRE M'NEUX DE LEUPS[]

.

Le Meneur de loups est un roman dont l’histoire se déroule en Picardie, durant l’année 1780.

Durant mon enfance le père de ma grand-mère paternelle a un herbier et se soigne par les plantes et ses dons ou connaissances. Ce tisserand (brodeur) est décédé à 88 ans, survivant de la période 1940/1944 pendant laquelle les nazis le recherchent en tant qu'ex maire du Front Populaire.

Tout le temps il me parle de Jaurès et de ses idées socialistes, et me fait cadeau des Mémoires d'un de ses parents, Antoine Valentin Watigny, volontaire de l'An II devenu chef de bataillon d'artillerie, devenu sous la Restauration l'un des Cent Mille Fils de Saint Louis en Espagne.

Celui qui me semble encore plus étonnant c'est que dans sa famille de paysans et tisseurs picards figure un grand-père meneur de loups. L'homme est charbonnier dans les bois d'Origny-Sainte-Benoîte. Ils correspondent à la forêt d’Auriniacum, sans doute consacrée à Aurinia, divinité sylvestre dont le nom est à l’origine du nom d’Origny. Vers 1800 les zones boisées sont plus vastes et encore peuplées de loups.

L'homme n'est en rien un personnage légendaire. Son influence sur les loups n'est en rien surnaturelle. Il a du élever des louveteaux orphelins et devenus adultes ils sont l'équivalent des premiers loups domestiqués à la préhistoire. Cet ancêtre est guérisseur et pourtant il inspire en son temps une grande crainte à des paysans naturellement méfiants.

LE TEMPS DES LEUS EN PICARDIE[]

.

François Beauvy, Histoire des loups en Picardie.

Depuis la nuit des temps, en France, le Loup gris (Canis lupus), Loup commun ou Loup vulgaire est présent sur l'ensemble du territoire métropolitain. Le loup appartient à l’ordre des Carnivores et à la famille des Canidés qui compte une quarantaine d’espèces dont les renards, chacals, coyotes, lycaons.

L'historien et chercheur, François Beauvy confronte anecdotes et rumeurs à la réalité scientifique, fait la part des légendes et de la réalité, raconte le désarroi des éleveurs face aux attaques, les souffrances des malades mordus par un loup enragé, mais aussi la guerre d'extermination menée par l'homme contre l'animal depuis le Moyen Age[6].

La pression des populations de loups semble à nouveau s’accroître durant les guerres de Religion. Les loups sortent des bois et des foretz, se jectoient furieusement sur les personnes de tous sexes et ages[7].

Les loups sont encore nombreux sous la Révolution[8].

Au XVe siècle[]

.

Prises de loups autour de Paris au XVe siècle.

L'abbé Carlier, l'historien du Valois, après nous avoir dit les souffrances que la disette et les inondations causent aux populations de ce pays en 1437 et 1438 ajoute :

Par surcroît de malheur, des troupes de loups sortis des forêts coururent subitement les campagnes pendant plusieurs mois. Ils dévoraient les hommes qu'ils rencontraient, entraient dans les villages et dans les fermes, pénétraient dans les maisons, se jetaient sur les enfants et les animaux domestiques[9].

En région parisienne, on compte 60 à 80 victimes et dans le Valois les loups sortent des forêts pour courir la campagne plusieurs mois durant[10].

La situation paraît exceptionnelle puisque les habitants des villages vont jusqu’à supplier le roi d’Angleterre de reconstituer la louveterie qui a été démantelée. Il refuse, acceptant uniquement l’organisation de battues[11].

Au XVIe siècle[]

.

Gravure représentant des loups en 1580.

Au début du XVIe siècle, les loups sont nombreux à Laon et Villers-Cotterêts : 7 loups y sont tués en un mois aux abords de la cité[12].

Jean III de Rambures (~1500 - après 1558), comte de Dammartin, échanson du Roi, maître des Eaux-et-Forêts de Picardie et de Ponthieu reçoiy, du roi François Ier, le comté de Guînes en 1519. Vers 1520, il est Grand Louvetier de France[13].

La pression des populations de loups semble à nouveau s’accroître durant les guerres de Religion. Les loups sortent des bois et des foretz, se jectoient furieusement sur les personnes de tous sexes et ages. Les cadavres des pestiférés qui sont alors plus nombreux semblent attirer les loups. Selon M. Melleville, lors de la peste de 1579, même les malades isolés dans les loges au pied de la butte de Laon ne sont pas épargnés : Les loups, très nombreux dans la campagne, venaient les attaquer jusque dans leurs lits, et on ne parvenait à les éloigner qu’avec beaucoup de peine. En fait. le Laonnois n’est pas uniquement concerné par cette vague. A 30 km au nord-est de la généralité de Soissons, toute la région de Revin (100 km’ environ) est ravagée par une bête (grandement monstrueuse et furieuse)[14].

Du temps des Guerres de religion la Picardie, de la Bretagne jusqu'en Provence, en Dauphiné, on entend le même cri de détresse, formulé en termes presque identiques. Les loups montrent la même hardiesse et la même férocité dans toutes les régions de France[15].

Au XVIIe siècle[]

.

Un loup est pris d’affection par tout un village, celui de Gubbio (aussi appelé Agubbio), en Ombrie, une région d’Italie.

Dès l'année 1610, quatre mois après la mort de son père, le jeune Louis XIII fait courir deux louveteaux par ses petits chiens aux Tuileries le 23 septembre : il n'a encore que 9 ans. Juste au nord de la capitale, la plaine de France est alors un repaire de loups. Des bois de la Goële et des forêts du Valois, les meutes de loups repeuplent régulièrement la vaste plaine de France, qui étale ses champs de céréales au nord de Paris[16].

Après un certain répit, les prises de loups se font à nouveau plus fréquentes dans la généralité dès le début du règne de Louis XIV. Jusqu’en 1710, les conditions économiques sont en fait médiocres, voire désastreuses : le gibier se faisant rare. Le loup attaque les troupeaux[17].

Au XVIIIe siècle[]

.


Avant 1789[]

.

Loups en France au XVIIIe siècle[18].

En 1748, sur le terroir de Villers-Faucon (Somme) des témoins d&couvrent un loup en train de manger un enfant de 13 ans[19]. La Somme est pourtant la partie de la Picardie où il y a le moins de loups.

Tout au long du XVIIIe siècle, les sources deviennent bien entendu plus précises. Les loups se font plus nombreux dès 1755. Ils semblent préfigurer la vague qui affecte notamment l’est de la France et le Gévaudan dans les années 1764-1777[20].

Suite aux ravages des loups et aux attaques de plusieurs personnes, l’intendant de Soissons organise une battue générale à Acy. fin août 1755. Cette battue rassemble les habitants de plus de 50 paroisses du Soissonnais. Elle est malheureusement infructueuse[21].

Trois ans plus tard. un (?) loup répand la terreur dans le Soissonnais. Il étrangle un petit garçon et en poursuit trois autres. Durant l’été 1758, plus de 14 personnes sont en fait attaquées. En 1766 est organisée une nouvelle battue dans la région de Coucy-le-Château. Outre le fait qu’elles témoignent de la prolifération des loups, ces battues organisées au niveau de la généralité marquent le désir de l’homme d’une lutte coordonnée[22].

De 1788 à 1790 : l’intendant de Soissons, qui récompense les prises de loups, exige un certificat signé du curé ou du seigneur. Il tient une comptabilité précise et conserve ces certificats qui nous sont parvenus pour 1788 et pour les mois de mars à juin 1790[23].

La période la plus calme est sans nul doute l’été : en juin et juillet 1788 n’est pris qu’un seul louveteau dans l'Aisne. Le gibier abonde encore et le loup n’a pas de problème de subsistance[24].

Les loups sont encore nombreux sous la Révolution[]

.

Le marquis du Hallay.

Les loups sont encore nombreux sous la Révolution. Si en 1788 sont pris plus de 100 loups, au moins 81 le sont durant les 4 mois de 1790 ! Les loups prolifèrent et des habitants s’en plaignent. A la Neuville-aux-Joutes (aujourd’hui dans les Ardennes), près d’Hirson, une louve fait du ravage. Cette vague affecte en fait de nombreuses régions françaises[25].

D'ailleurs, le plus célèbre des louvetiers resté dans l'histoire est le marquis du Hallay, arrêté pendant la Terreur. Il est libéré à la demande des populations de Normandie et Picardie que son absence livre sans défense aux déprédations des loups. Douze cent trophées pris par lui durant sa vie montrent à la fois l'activité déployée, et le nombre de prédateurs vivants à cette époque dans ces deux provinces[26].

LE TEMPS DES MASSACRES DE LEUS EN PICARDIE[]

.

Statue à Abbeville : Loup emportant un agneau et poursuivi par un petit chien. C'est toujours cette image du grand méchant loup ou du loup-garou.

Au moins 5.000 loups sont tués en Picardie au XIXe siècle[27], de 1800 à 1870.

Le loup est devenu une espèce totalement éradiquée au cours du XIXe siècle à la suite de sa prédation avérée ou supposée sur le bétail et sur les humains ainsi qu'à cause des superstitions et croyances populaires négatives et erronées sur sa nature.

Au début du XIXe siècle[]

.

Les sources manquent malheureusement pour le XIXe siècle. Les annuaires statistiques du département de l'Aisne font cependant écho des relevés annuels de prises à partir de 1808. Les loups sont très nombreux à la fin de 1’Empire : les nombres annuels des prises voisinent ceux de 1788 et 1790, dépassant généralement la centaine.

Deux facteurs semblent favoriser la prolifération des loups : la législation impériale qui restreint le droit de chasse aux propriétaires terriens, puis la guerre que connaît l’Aisne en 1814[28].

A la fin du XIXe siècle[]

.

Les derniers loups de la forêt de Lucheux, naturalisés.

Les populations de loups viennent souvent de l'Est, des Ardennes notamment, et gagnent l'ouest de la Picardie, mais le déboisement, le développement du chemin de fer ont favorisé l'extinction de la race.

Le dernier loup de l'Oise est tué en 1869 par un équipage du duc d'Aumale. Dans le reste de la Picardie, le loup survit un peu plus longtemps.

Des loups survivent u plus tardivement en échappant aux battues en passant de la France à la Belgique (selon le côté duquel ils sont pourchassés). Le dernier loup officiellement reconnu dans le Pas-de-Calais est tué dans le bois de Créquy à Ternois (Pas-de-Calais), en 1871. Cependant un autre est abattu bien plus tard, en 1917, dans l'Oise, puis encore unautre, en 1919, dans le Nord de la Somme[29].

Un loup est tué dans l'Aisne en 1920. Un loup est tué à Vervins en 1952. Un autre est tué à Cramaille, dit bête de Cramaille[30]. Mais c'est certainement un animal domestique échappé de chez son maître[31].

Sur des affiches de 1900 les chasseurs sont invités à tuer les loups par tous les moyens possibles. En 1914, on annonce la réapparition des loups sur Château-Thierry[32].

Jusqu'au début du XXe siècle, l'Etat verse une prime pour chaque loup abattu. Pour cela, l'homme qui a tué le loup, qu'il soit chasseur ou non, doit apporter la tête du loup plus un certificat du maire ou, avant la Révolution, du curé[33].

VLO CHES LEUPS : LE RETOUR (2020)[]

.

Le loup se montre dans l’Aisne et certains esprits s’emballent.

Comme l'écrit Bernard Daniel, on passe de la peur à la passion au niveau du loup. C'est le renversement d'une image[34].

LA CONFRÉRIE DU LOUP VERT[]

.

Austreberthe et son loup.

L'église abbatiale de Sainte-Austreberte à Montreuil-sur-Mer, qui appartient historiquement à la Picardie.

A Jumièges, venue du fond des âges, la confrérie du Loup Vert fête la Saint Jean jusqu'en 1921. Perpétuant peut-être un rite païen, elle s'inspire d'une légende. Celle de l'âne chargé de porter le linge des moines de Jumièges aux nonnes de Pavilly. Sainte Austreberthe et ses religieuses ont l'habitude de blanchir les linges de sacristie de l'abbaye de Jumièges distante de quelques lieues de Pavilly. Un âne est dressé pour transporter seul le linge d'un monastère à l'autre. Or, un jour, l'âne se retrouve face à face avec un loup qui se jette sur lui et le dévore. Sainte Austreberthe apparaît, réprimande le loup,le charme et le condamne à remplir les fonctions passées de sa victime. C'est ainsi que le loup accomplit jusqu'à la fin de sa vie sa tâche avec humilité et soumission. Sur le lieu de la mort de l'âne est érigée une chapelle, au VIIe siècle, puis, quand le monument est ruiné, une simple croix de pierre le remplace. Elle est remplacée à son tour par un chêne, dans lequel sont placées plusieurs statues de la Vierge, nommé chêne à l'âne[35].

On connaît aussi le loup de Gubbio converti par saint François d'Assise. Ce n'est qu'à partir du XIIIe siècle que ce miracle est bien présent dans le patrimoine livresque de Jumièges[36].

Curieusement, ce mythe et ce rite sont exportés en Picardie. L'étonnante similitude entre le cérémonial normand et celui de Picardie est indéniable. Ce qui peut nous faire croire que les religieuses de Pavilly, fuyant les vikings, transportent le mythe de loup vert à Marconne dans les années 750. Puis à Montreuil un siècle plus tard. Restent les confréries. La picarde est attestée en l'an mil[37].

Amiens a son homme vert dit encore compagnon du loup vert jusqu'en 1727. Le bedeau de l'église Saint-Firmin-du-Castillon vient assister à l'Épiphanie et à l'office du 13 janvier, couvert de feuillage, et tenant à la main un cierge fleuri. Sur la place de l'Hôtel de ville, non loin de l'église, la foule se précipite à sa rencontre pour lui arracher une feuille en guise de porte bonheur.

La cérémonie du Loup vert se déroule, pense-t-on, à Marconne, mais essentiellement à Montreuil. Depuis au moins la fondation de l'abbaye, en l'an mil, une confrérie du Ver Montant élise chaque année un président qu'elle baptise le Loup. Cette confrérie est attachée à une dédiée à saint Jean. Aussi, la veille de la fête du saint, le 23 juin, le président revête une large houppelande verte et se coiffe d'une tête de loup aux yeux rouges et à la gueule ensanglantée. Portant une charge de linge, le loup part des bords de la Canche à la tête de ses confrères et remonte la rue du "Ver-Montant" en chantant l'hymne à saint Jean[38].

L'abbesse et l'aumônier apparaissent alors sur le seuil de l'église abbatiale et bénissent le Loup ainsi que sa troupe. Au chant des psaumes, ils le conduisent alors jusqu'à l'autel tandis que les assistants imitent les hurlements du loup tout en décrivant mille extravagances. Après l'office, un repas maigre réunit tous les confrères. Portant croix et bannière, le clergé sort de l'église pour bénir le bûcher de la Saint-Jean, allumé au son des clochettes du Loup par un jeune homme et une jeune fille parés de fleurs. Le bûcher est composé de fagots rangés symétriquement autour d'un mât que couronne une enseigne représentant les armoiries de la ville. Puis le clergé s'en retourne au chant du Te Deum. Le Loup et ses confrères, parodiant l'Ut queant laxis, se tenant tous par la main, poursuivaient autour du feu celui qu'ils avaient désigné pour être le loup de l'année suivante. Une fois pris, on feignait de le jeter aux flammes. Le peuple dansait une partie de la nuit, s'adonnait à la débauche autour du brasier et emportait des charbons éteints pour les conserver religieusement toute l'année. C'était un préservatif assuré contre les maladies et les misères de la vie...[39].

Le lendemain, à la suite d'un nouveau repas maigre durant lequel, jusqu'au dessert, toute parole licencieuse est passible d'un pater noster à réciter debout, la fête se poursuit. La confrérie, dont plusieurs membres portent un énorme pain béni orné de rubans et de verdure, se rendait à nouveau à l'église Sainte-Austreberte. Les mêmes bouffonneries recommençaient. Après quoi, les clochettes, déposées sur les marches de l'autel, sont confiées comme insignes de dignité au nouveau loup. On sait, en 1435, la part que prennent les maires et échevins de la ville de Montreuil à ces manifestations. Invités par l'abbesse à dîner à Sainte-Austreberte, ils apportent quatre "quennes" de vin. Ils se rendent ensuite au pré Benson, ancien pré aux Clercs, où les reliques de sainte Austreberte sont solennellement exposées. Là, ils assistent à la prédication qui est en la charge des dictes religieuses et au retourner, mes dits seigneurs reconvoient lesdites religieuses jusques à leur église et tonpient tout autour et au retourner prendent congié sans enstrer dans l'esglise[40].

Détail du médaillon central évoquant la légende de saint Philibert et du loup vert.

HISTOIRES DE LEUS PICARDES[]

.

Les histoires de loups se retrouvent en Flandre, Artois, Picardie. Le loup se place contre un mur ou un arbre tandis que le berger suivi de ses agneaux à la queue leu leu se promène en face du Méchant en chantant :

Promenons-nous dans le bois, pendant que le loup n'y est pas. Loup ! Loup ![41].

Les histoires de loups nous mènent en Picardie. Voici deux légendes issues de la littérature orale picarde et contées par Emilien Guilbert, en 1880 et 1881[42] :

La Bête blanche de Picardie[]

.

La Bête blanche... se changea en homme[43].

Le loup devient l'animal fétiche des magiciens et des sorciers, qui peuvent prendre sa forme.

Compagnon des saints et des sorciers, le loup est à la fois le régénérateur et le destructeur du monde… Toutes les civilisations de l'hémisphère Nord de la Terre ont connu le riche symbolisme du loup. Le loup pariétal de la préhistoire, l'Oupouaout égyptien, le Fenrir germanique, le "loup bleu" des Mongols, la louve romaine, le "frère loup" cher à saint François d'Assise et le galoup médiéval, la Bête du Gévaudan et le loup des contes pour enfants témoignent de la permanence symbolique du lupin à travers le temps et l'espace…[44].

La Bête blanche de Picardie :

Un soir d’été, un homme revenait de la ville par un beau clair de lune. En passant près d’un champ de luzerne, il fit un bruit semblable à celui qu’aurait fait un chien traversant le champ. Il appela, mais rien ne lui répondit, et il continua sa route[45].
Le même bruit se renouvelait tantôt à droite, tantôt à gauche et le paysan ne savait que penser, quand une grande bête blanche sortit d’entre ses jambes et se mit à tourner vite, vite et vite autour de lui sans embarrasser sa marche. Il eut beau essayer de le frapper de son bâton, l’animal continua à passer entre les jambes du voyageur et à tourner en rond autour de lui[46].
La Bête blanche l’accompagna ainsi jusqu’à l’entrée du village et là elle se changea en homme[47].
Le paysan ne put savoir s’il était du pays, car l’autre passa si vite qu’en un clin d’œil il eut disparu à l’autre bout du village[48].

Les Loups sorciers[]

.

Les Loups sorciers.

Le symbolisme du loup : Hati & Sköll, Kate Redesiuk, 2009.

Monstre issu du "paganisme", entretenant des liens étroits avec la lycanthropie, le loup fut perçu comme une créature démoniaque par le christianisme, lequel a fait de cet animal-lumière le symbole de la débauche, de la méchanceté et de la force hostile à la foi du croyant. Il devint l'animal fétiche des magiciens et des sorciers, qui pouvaient prendre sa forme et comprenaient son langage. Depuis, il est "le grand méchant loup" des contes, fables et légendes de nos campagnes et de la littérature enfantine. À l'aide de textes anciens, des contes et légendes du monde entier, en passant par l'alchimie, l'héraldique et la symbolique moderne, on peut suivre les traces de l'animal-lumière qui connaît "les chemins du Ciel et de la Terre"[49].

Les Loups sorciers :

Un paysan était allé vendre sa vache au marché du village voisin. Il en avait retiré un bon prix et s’était attardé à boire quelques chopes dans un cabaret avec des amis. Le soir arrivé, il fallut retourner à sa maison. Il prit la route et ne tarda pas à se voir suivi par un loup énorme. Le paysan marcha plus vite et le loup marcha du même pas à quelques mètres derrière lui, semblant à tout instant sur le point de le dévorer[50].
Vous jugez de la terreur de l’homme ! Pour le dépister, il prit une autre route et traversa le village par la droite. Le loup s’arrêta aux premières maisons et le paysan s’en crut débarrassé, quand en sortant du pays, il retrouva le loup accompagné d’un autre encore plus gros. Reprenant du courage, l’homme prît son bâton et essaya d’en frapper les animaux. Mais à chaque coup, ils sautaient d’un bond à plus de cinquante pas en arrière. Le paysan comprit qu’il avait affaire à des Loups sorciers et continua son chemin sans plus s’en inquiéter[51].
Ils l’accompagnèrent en hurlant jusqu’au village, mais ils n’y entrèrent pas et disparurent comme par enchantement[52].

Le loup-garou du Bois aux Fées[]

.

Les loups-garous devant la justice (XVIe-XVIIesiècle).

Le Bois aux Fées.

Sabbat.

Histoire contée par M. Jules Bonnel, de Thièvres, Somme, en 1880 :

Chaque samedi, dans ce même Bois aux Fées, on pouvait voir un homme qui, après avoir déposé ses habits sur un buisson, se « touillait » (roulait) dans la vase de la mare et ne tardait pas à en sortir transformé en loup. C’était le loup-garou (en picard Louerrou — Loup-werrou) du Bois d’Orville. Le loup-garou se rendait aussitôt à Orville ou à Thièvres, entrait on ne sait comment dans une bergerie et en enlevait un mouton qu’il emportait au Bois aux Fées. Les sorcières, les fées et le Diable arrivaient, allumaient un grand feu de broussailles, faisaient cuire le mouton, le dépeçaient et le mangeaient avec le loup-garou[53].
Un homme guetta un soir le loup-garou en se cachant dans un buisson, et le vit reprendre sa forme humaine aussitôt que les habitués du Sabbat se furent retirés. Le loup-garou n’était autre qu’un paysan de Thièvres[54].
L’homme l’attendit à la sortie du bois et lui demanda pourquoi il se changeait ainsi en loup-garou[55].
Voici bientôt dix ans, lui dit ce dernier, que je suis forcé de venir ici chaque samedi soir, me rouler dans la Mare aux Fées pour prendre la forme d’un loup et aller ainsi voler le mouton qui sert au souper du Sabbat. Je voudrais bien m’en empêcher, mais le diable est en moi quand l’heure de la réunion des sorcières approche et je suis poussé contre ma volonté à me faire loup-garou. Depuis dix ans, j’ai vu ici bien des choses horribles et j’ai appris bien des secrets. Je sais que pour me délivrer de la possession du diable, il te faudrait venir par exemple samedi prochain, auprès de la Mare aux Fées, t’armer d’un long sabre et le faire tourner rapidement au-dessus de ta tête jusqu’à ce que tu sentes un choc quelconque. Je serai invisible auprès de toi, et si tu me blesses de ton sabre, la moindre goutte de sang qui s’écoulera de ma blessure me guérira de la possession du démon[56].
Le paysan lui promit de remplir ces instructions à la lettre, et le samedi suivant il vint se placer dans un buisson près de la Mare aux Fées et attendit. Il vit arriver l’homme qui, après s’être changé en loup, était allé à Orville, puis les sorcières, les fées et le diable. On commença le repas. Bientôt le loup-garou sembla disparaître et le paysan fit tournoyer son sabre comme c’était convenu. Il ne tarda pas à frapper un corps dans l’air et le loup-garou tomba blessé sur le sol. Le Sabbat se termina aussitôt par la fuite des mégères et du diable, et le loup-garou, légèrement atteint, put revenir au village. Dès ce jour il fut délivré de la possession du démon, et les réunions du sabbat dans le Bois aux Fées cessèrent[57].

Le sorcier et les loups[]

.

D’où vient cette peur ancestrale du loup que nous conservons de génération en génération ? Certainement des contes et légendes populaires françaises. Le pire c'est que la Somme, d'où viennent ces racontars, est le département picard où il y a le moins de loups.

Conté en 1880, par M. Émilien Guilbert, d’Englebelmer (Somme) :

Un homme d’Englebelmer se rendait toutes les nuits au sabbat ; sa femme, qui n’en savait rien, s’était bientôt aperçue que vers minuit son mari sortait du lit tout doucement pour aller courir aventures ; mais elle pensait qu’il la laissait ainsi pour des rendez-vous avec d’autres femmes ; aussi, un jour, se plaignit-elle fort vivement à son mari de ce qu’il avait des maîtresses dans le village.
Je ne sors point pour des femmes, tu peux en être sûre, lui répondit l’homme. Je ne puis t’en dire davantage. Si tu aimes de la compagnie, je t’en enverrai demain soir dès que je serai sorti, car je m’en irai un peu plus de bonne heure que de coutume. Compte sur ma parole.
Le lendemain soir venu, l’homme se rendit au sabbat, et la femme, restée seule, entendit bientôt frapper à la porte.
Ce sont les amis que m’a promis mon mari ! pensa-t-elle. Et elle alla ouvrir. Elle recula saisie de frayeur à la vue de deux loups énormes qui entrèrent en hurlant et allèrent se placer de chaque côté de la grande cheminée. La femme dut passer la soirée avec les deux loups, qui semblaient prêts à tout instant à se jeter sur elle.
Minuit arriva ; deux petits coups furent frappés à la fenêtre, les loups disparurent on ne sait trop comment, et le paysan rentra en disant à sa femme :
Tu m’avais demandé de la visite, tu en as eu !

Histoires de leus.

NOTES[]

.

  1. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  2. La symbolique politique du Loup
  3. Bernard Daniel. Charmeurs et meneurs de loups, d'hier à aujourd'hui. In: Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d'ethnologie, n°1-3/2002. Le fait du loup. De la peur à la passion : le renversement d'une image, sous la direction de Véronique Campion-Vincent, Jean-Claude Duclos et Christian Abry. pp. 163-178.
  4. François Beauvy, Histoire des loups en Picardie, Trosly-Breuil (Oise), Le Trotteur ailé, 2009.
  5. Bernard Daniel. Charmeurs et meneurs de loups, d'hier à aujourd'hui. In: Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d'ethnologie, n°1-3/2002. Le fait du loup. De la peur à la passion : le renversement d'une image, sous la direction de Véronique Campion-Vincent, Jean-Claude Duclos et Christian Abry. pp. 163-178.
  6. François Beauvy, Histoire des loups en Picardie, Trosly-Breuil (Oise), Le Trotteur ailé, 2009.
  7. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  8. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  9. Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie. 1926.
  10. Les loups autour de Paris
  11. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  12. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  13. L'Homme contre le loup: Une guerre de deux mille ans. Divers Histoire. Jean-Marc Moriceau. Fayard, 2011. ISBN 221366577X, 9782213665771.
  14. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  15. Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie. 1926.
  16. Les loups autour de Paris
  17. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  18. Histoire du méchant loup: 3 000 attaques sur l'homme en France (XVe-XXe siècle), Divers Histoire, Jean-Marc Moriceau, Fayard, 2007. ISBN 2213640351, 9782213640358.
  19. Histoire du méchant loup: 3 000 attaques sur l'homme en France (XVe-XXe siècle), Divers Histoire, Jean-Marc Moriceau, Fayard, 2007. ISBN 2213640351, 9782213640358.
  20. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  21. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  22. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  23. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  24. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  25. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  26. LES LOUPS ET LA LOI, FRÉDÉRIC MUYARD
  27. François Beauvy, Histoire des loups en Picardie, Trosly-Breuil (Oise), Le Trotteur ailé, 2009.
  28. Les loups dans l’actuel département de l’Aisne XVe - XIXe siècle
  29. Le loup en France au vingtième siècle: recherches bibliographiques. Jacques Baillon. The Book Edition, 2014. ISBN 2954804203, 9782954804200.
  30. Le loup en France au vingtième siècle: recherches bibliographiques. Jacques Baillon. The Book Edition, 2014. ISBN 2954804203, 9782954804200.
  31. Des fauves dans nos campagnes, Véronique Campion-vincent. Editions Imago, 1992. ISBN 2849523356, 9782849523353.
  32. Le loup en France au vingtième siècle: recherches bibliographiques. Jacques Baillon. The Book Edition, 2014. ISBN 2954804203, 9782954804200.
  33. François Beauvy, Histoire des loups en Picardie, Trosly-Breuil (Oise), Le Trotteur ailé, 2009.
  34. Bernard Daniel. Charmeurs et meneurs de loups, d'hier à aujourd'hui. In: Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d'ethnologie, n°1-3/2002. Le fait du loup. De la peur à la passion : le renversement d'une image, sous la direction de Véronique Campion-Vincent, Jean-Claude Duclos et Christian Abry. pp. 163-178.
  35. La confrérie du Loup Vert
  36. La confrérie du Loup Vert
  37. La confrérie du Loup Vert
  38. La confrérie du Loup Vert
  39. La confrérie du Loup Vert
  40. La confrérie du Loup Vert
  41. Vivre au village : En Flandre, Artois, Picardie: Souvenirs, Jules Joly, Jean-Jacques Vayssières, FeniXX. ISBN 2402040092, 9782402040099.
  42. Littérature orale de la Picardie – Emilien Guilbert, d’Englebelmer (Somme)
  43. LA BÊTE BLANCHE DE PICARDIE | EPISODE 3 | LA COUR DES CONTES
  44. Bernard Marillier. Le loup, Pardès, coll. Bibliothèque des Symboles, Puiseaux, 1997.
  45. Littérature orale de la Picardie – Emilien Guilbert, d’Englebelmer (Somme)
  46. Littérature orale de la Picardie – Emilien Guilbert, d’Englebelmer (Somme)
  47. Littérature orale de la Picardie – Emilien Guilbert, d’Englebelmer (Somme)
  48. Littérature orale de la Picardie – Emilien Guilbert, d’Englebelmer (Somme)
  49. Bernard Marillier. Le loup, Pardès, coll. Bibliothèque des Symboles, Puiseaux, 1997.
  50. Littérature orale de la Picardie – Emilien Guilbert, d’Englebelmer (Somme)
  51. Littérature orale de la Picardie – Emilien Guilbert, d’Englebelmer (Somme)
  52. Littérature orale de la Picardie – Emilien Guilbert, d’Englebelmer (Somme)
  53. Le grimoire des loups-garous, Le Pré aux clercs. Édouard BRASEY. edi8, 2010. ISBN 2842284240, 9782842284244.
  54. Le grimoire des loups-garous, Le Pré aux clercs. Édouard BRASEY. edi8, 2010. ISBN 2842284240, 9782842284244.
  55. Le grimoire des loups-garous, Le Pré aux clercs. Édouard BRASEY. edi8, 2010. ISBN 2842284240, 9782842284244.
  56. Le grimoire des loups-garous, Le Pré aux clercs. Édouard BRASEY. edi8, 2010. ISBN 2842284240, 9782842284244.
  57. Le grimoire des loups-garous, Le Pré aux clercs. Édouard BRASEY. edi8, 2010. ISBN 2842284240, 9782842284244.
Advertisement