Wiki Guy de Rambaud
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                        Cent Mille Fils de Saint Louis (1823)

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Histoire de la Campagne d'Espagne en 1823[1].

Une des nombreuses victoires de la campagne : Puerto de Miravete, en Estramadure, le 30 Septembre 1823.

Le duc d'Angoulême lors de l'intervention française en Espagne.

Les cent mille fils de Saint Louis combattent lors de la campagne militaire de l'armée des Pyrénées mobilisée par le roi des Bourbons de France, Louis XVIII pour aider la Guerra Realista (Guerre royaliste) à rétablir le roi Ferdinand VII d'Espagne sur son trône. Les gouvernementaux séquestrent Ferdinand VII dans la forteresse de Cadix. Cette expédition miltaire dure du 7 avril au 23 septembre 1823[2], et met fin au Triennat libéral.

Malgré ce nom, le nombre réel de troupes est d'environ 60.000 hommes, selon Pierson[3] ou, selon les autres sources 95.000 hommes. Ils sont principalement concentrés, fin mars, dans les Basses-Pyrénées et les Landes, avec 20.000 chevaux et 96 pièces d'artillerie. Ce corps expéditionnaire comprend cinq corps d'armée (le gros de l'armée régulière française) et est dirigée par le duc d'Angoulême, fils du futur roi Charles X. On parle aussi de la expedición de España.

Depuis les Cent-Jours et le congrès de Vienne, la France fait figure de vaincue, et la monarchie restaurée aspire à retrouver son crédit auprès des nations européennes[4]. Par cette intervention en Espagne la France va récupérer son rang de puissance internationale de premier rang, tentant au cours des années suivantes de diriger l’établissement d’une monarchie modérée en Espagne[5]. La brutalité, dont ont fait preuve les soldats de Napoléon aussi bien que les insurgés espagnols, ne se retrouve pas en 1823[6].

Cette campagne militaire est présentée comme une croisade au secours de l'absolutisme - néanmoins modéré par rapport à certains ultras espagnols. C'est pour les cent mille fils de Saint Louis une promenade militaire[7]. L'armée essuie juste quelques résistances en Catalogne et ne rencontre guère d'obstacles sur sa route, qui la conduit jusqu'à Cadix. Cette forteresse, quoique réputée imprenable, est prise par les voltigeurs français, avec le soutien des bombardements de la marine[8].

La campagne des cent mille fils de Saint Louis est une victoire diplomatique immense pour la France méprisée en Europe après Waterloo. La victoire militaire totale et l'union des soldats de l'Empire et des royalistes est une victoire encore plus considérable[9].

François-René de Chateaubriand, ministre des Affaires étrangères du gouvernement français de Villèle (du 28 décembre 1822 au 6 juin 1824), compare le succès de l'expédition à l'échec de la France dans la guerre péninsulaire :

Traverser les Espagnes, réussir là où Bonaparte avait échoué, triompher sur le même sol où les bras d'un grand homme avaient subi des revers, faire en six mois ce qu'il était incapable de faire en sept ans, était un vrai miracle ![10].

Le corps expéditionnaire français en Espagne en 1823.

CONTEXTE[]

Gravure 1820 représentant les Cortes Generales.

Le 25 septembre 1814, le congrès de Vienne assure à l'Europe cinquante ans de paix, face aux menaces des extrémismes renaissants.

Louis XVIII proclame devant les Chambres son projet d'aller au secours du Roi d'Espagne, son cousin.

En 1820, le roi d'Espagne Ferdinand VII doit faire face à un soulèvement populaire conduit par les libéraux. Ce mouvement révolutionnaire lui reproche l'absolutisme de son pouvoir et les nombreuses répressions à l'encontre des libéraux. Ferdinand VII doit alors se soumettre, et remettre en vigueur la Constitution de 1812 et ainsi confier le pouvoir à des ministres libéraux. Donc Ferdinand VII veut une deuxième restauration (1823 - 1833)[11].

Le soulèvement de la Garde royale, la révolte de la Catalogne, la création de la Régence d'Urgel, la Guerra Realista (le soulèvement des monarchistes espagnols) pour le rétablir sur son trône avec ses Voluntarios Realistas, en 1822, sont incapables de reprendre le pouvoir[12].

Ferdinand VII doit demander l'application des termes du Congrès de Vienne. Il fait pression pour obtenir l'assistance des autres monarques absolus de l'Europe, en rejoignant la Sainte-Alliance formée par la Russie, la Prusse, l'Autriche et la France pour rétablir l'absolutisme.

En France, les ultra-royalistes font pression sur Louis XVIII pour qu'il intervienne. Pour calmer leur ardeur contre-révolutionnaire, le duc de Richelieu déploie des troupes le long de la frontière franco-espagnole, pour empêcher la propagation du libéralisme espagnol et la fièvre jaune d'empiéter sur la France. En septembre 1822 ce cordon sanitaire devient un corps d'observation et se transforme très vite en expédition militaire.

Le 27 janvier 1823, Louis XVIII peut ainsi proclamer devant les Chambres, en termes ô combien solennels, l'entrée en campagne d'une armée conduite par son neveu, le duc d'Angoulême, époux de Madame Royale, fille de Louis XVI et seule survivante de la prison du Temple :

Cent mille Français, commandés par un prince de ma famille, celui que mon cœur se plaît à appeler mon fils, sont prêts à marcher en invoquant le Dieu de Saint Louis, pour conserver son trône à un petit-fils d'Henri IV, préserver ce beau royaume de la ruine, et le réconcilier avec l'Europe[13].

L'INTERVENTION : LES POUR ET LES CONTRE[]

Caricature du Congrès de Vérone en octobre 1822.

Chateaubriand est un noble ancien officier émigré. Il craint une propagation des idées libérales de l'Espagne à la France. On lit dans ses Mémoires d'outre-tombe qu'il pense aussi au prestige de la France et au sien : Ma guerre d'Espagne, le grand événement politique de ma vie[14].

Expulsion du député de gauche Manuel en 1822.

La Sainte-Alliance (Russie, Autriche et Prusse) refuse la demande d'aide de Ferdinand, mais l'Alliance Quintuple (Russie, Grande-Bretagne, France, Prusse et Autriche) au Congrès de Vérone en octobre 1822, donne mandat à la France d'intervenir et de restaurer la monarchie espagnole.

Le 22 janvier 1823, un traité secret est signé au congrès de Vérone, permettant à la France d'envahir l'Espagne pour restaurer Ferdinand VII en monarque absolu.

À la fin de février, les Chambres françaises votent une subvention extraordinaire pour l'expédition. Chateaubriand et les ultra-royalistes se réjouissent; l'armée royale va prouver sa bravoure et son dévouement face aux libéraux espagnols, et se battre pour la gloire de la monarchie bourbonienne.

Le nouveau premier ministre, Joseph de Villèle, est au départ opposé à cette guerre. Le coût de l'opération est excessif, l'organisation de l'armée défectueuse et la loyauté des troupes incertaine.

Le surintendant militaire ne peut assurer le soutien logistique des 95.000 hommes de l'expédition concentrés dans les Basses-Pyrénées et les Landes avec 20.000 chevaux et 96 pièces d'artillerie. Pour les approvisionner, il doit consulter le fournisseur Ouvrard, qui y voit rapidement son propre intérêt et celui de l'armée. Le but est d'éviter que la troupe pille l'Espagne comme du temps de Napoléon. Fini le temps des réquisitions, l'armée française paie ses fournisseurs. Ce qui va être une bonne affaire pour bien des Espagnols.

La France a des intérêts économiques et commerciaux qui vont jouer un rôle important dans le déclenchement de l'intervention armée. Elle revendique l'indépendance des colonies espagnoles sur le continent américain et veut une intervention rapide, pour éviter que la Grande-Bretagne soit le seul bénéficiaire de ce processus. La France doit restaurer la réputation de son armée après les défaites napoléoniennes et influencer la politique espagnole, en rétablissant l'absolutisme, pour mieux défendre les intérêts des Français dans la péninsule ibérique. L'expédition des Cent Mille est une bonne affaire pour tout le monde en France.

Le commerce que la France continue de maintenir avec l'Espagne constitue un chapitre important de la balance commerciale de notre pays.

L'ÉTAT-MAJOR[]

Le major-général Guilleminot est Chef de l'état-major général du Duc d'Angoulême.

L'organisation du commandement pose de nombreux problèmes. Il faut donner aux fidèles des Bourbons l'occasion de montrer leurs grades fraîchement acquis qu'ils doivent au roi, sans compromettre ni la sûreté, ni l'efficacité de l'armée.

La solution retenue est habile : aux anciens émigrés et Vendéens les commandements secondaires, aux anciens généraux de la Révolution et de l'Empire les responsabilités principales.

Le duc d'Angoulême, fils de Charles X, est nommé commandant en chef de l'armée des Pyrénées, malgré son manque d'expérience militaire, mais il accepte de n'assurer que les honneurs de son titre et la direction politique de l'expédition, laissant à son major-général Guilleminot, général d'Empire aux compétences reconnues, le soin de prendre les décisions militaires.

Sur cinq corps d'armée, quatre sont placés sous les ordres d'anciens serviteurs de Napoléon : le maréchal Oudinot, duc de Reggio, le général Molitor, le maréchal Bon Adrien Jeannot de Moncey, duc de Conegliano, et le général Étienne Tardif de Pommeroux de Bordesoulle. Le prince de Hohenlohe commande le 3e corps, le plus faible avec deux divisions au lieu de trois ou quatre et 16.000 hommes au lieu de 20.000 à 27.000 pour les autres.

FIDÉLITÉ DES NOUVELLES ARMÉES[]

Les libéraux modérés se sentent proches des partisans les moins réactionnaires de Ferdinand VII et des Français.

Watigny et son général combattent aux côtés d'Oudinot à la Bataille de la Bérézina. Oudinot est blessé. Watigny lui parle. Ils vont se retrouver lors de cette expédition d'Espagne, en 1823.

La Passage de la Bidassoa (16 April 1823). Le Général Vallin fait tirer par ses troupes sur une poignée de bonapartistes.

L'armée espagnole constitutionnelle compte environ 130.000 hommes divisés en quatre corps d'environ 18 ou 20.000 chacun et 52.000 hommes dans les places fortes. Ils sont démoralisés, divisés politiquement, et plus que mal organisés. Ils ne font que résister à Riego, à Málaga, Grenade et Jaén, avec Francisco Espoz et Mina en Catalogne et les Cortes à Cadix[15][16], puis se rendent presque sans combattre.

Notre armée se compose de 95.062 soldats, formés dans quatre corps et un dans la réserve. La Gaceta de Madrid parle de 95.780 soldats, appuyés par 17.500 espagnols royalistes [17].

Le Premier ministre Villèle s'inquiète de la propagande des libéraux dans les cabarets et les chambrées, où se diffuse, en mars et avril, une chanson de Béranger incitant les militaires à la désobéissance. Dans certaines régions les vaincus de la guerre d'Espagne bonapartiste et les républicains essaient de les démoraliser les jeunes soldats. Bien encadrés, les soldats ne sont pas influencés par les discours alarmistes tenus ça et là[18].

Le 8e Régiment d'Artillerie, reconstitué, prend part à la campagne d'Espagne. Immédiatement, onze compagnies du 8e Régiment d'artillerie à pied sont concentrées à Bayonne[19].

Pourtant dans ces régiments, il y a nombre d'officiers, de sous-officiers et de soldats marqués par les souvenirs des campagnes impériales, ils vont tous combattre pour les Bourbons de France et d'Espagne. Certes, les libéraux espèrent bien les dissuader d'aller défendre les moines, contre la liberté. En vain ! Pas un soldat ne passe dans l'autre camp.

Le capitaine-commandant Antoine Valentin Watigny, membre de ma famille, dirige le tir sur des bonapartistes au passage de la Bidassoa (1823). Vallin donne les ordres et les artilleurs obéissent. Antoine Valentin Watigny est pourtant un fils de tisseurs picards, ex-volontaire de l'An II, qui a fait toutes les campagnes de l'Empire et la Révolution, et est Capitaine-Commandant.

Antoine Valentin Watigny raconte dans ses mémoires qu'il a vu mourir avant et après la Bataille de la Bérézina ses camarades de combat et la belle jeunesse de France. Il n'a pas apprécié que les bonapartistes massacrent en masse les prisonniers russes en Prusse ou jettent aux requins les noirs de trois bataillons d'auxiliaires à Saint-Domingue.

L'expédition d'Espagne démontre que les anciens soldats de Napoléon combattent sans déserter pour rétablir une monarchie absolue. Dans le camp adverse les armées des libéraux vont plus ou moins rapidement se rendre, souvent sans combattre.

LE DÉBUT DE LA CAMPAGNE[]

Au nord, les divisions de Hohenlohe, renforcées en juillet par le 5e corps de Lauriston, obligent le général Pablo Morillo à battre en retraite, puis à se rallier. Elles contrôlent la Navarre, les Asturies, la Galice. Mais faute de matériel de siège, elles ne peuvent que bloquer les villes où les constitutionnels prolongent la résistance durant plusieurs mois. La Corogne ne capitule que le 21 août, Pampelune le 16 septembre, Saint-Sébastien le 27.

Escarmouche franco-française[]

Le capitaine-commandant Antoine Valentin Watigny, un membre de ma famille, dirige le tir sur des bonapartistes au passage de la Bidassoa (1823).

D'ailleurs, le 6 avril 1823, sur les rives de la Bidassoa, la première escarmouche est franco-française. Un groupe - parait-il - de cent à cent cinquante hommes, armés de fusils, vêtus des uniformes des grenadiers et chasseurs à pieds de la Garde Impériale, portant deux drapeaux aux trois couleurs, crient Vive la Liberté, vive Napoléon, vive la République. Pas un homme ne les rejoint ou jette ses armes.

Le général Vallin, dont la brigade se trouve encore sur la rive française, les invite à se retirer. Ils refusent. Le général fait mettre une pièce en batterie et effectue un tir de sommation. Les anciens soldats de Napoléon chantent la Marseillaise. Un lieutenant de l’artillerie royale commande un second tir. La pièce est chargée à mitraille, on relève huit morts et quatre blessés gravement atteints chez les napoléoniens. Les autres s'enfuient[20].

Cette campagne militaire est un test pour les royalistes, puisqu’il s’agit de s’opposer aux menées séditieuses du colonel Fabvier, un bonapartiste réfugié en Espagne qui entend donc rallier l’armée à son combat. En vain puisque les boulets du 8e Régiment d'artillerie à pied dispersent rapidement ses maigres troupes[21].

Après la victoire des Français, le colonel Fabvier voyage clandestinement dans divers pays dont l'Angleterre et la Belgique pour trouver des soutiens à la cause des libéraux. Il est surtout connu pour son aide aux Grecs qui veulent se libérer du joug ottoman, la deuxième fois soutenu par le Roi de France.

Le début des hostilités[]

Franchissement de la Bidassoa 6 avril 1823.

1816-1820. Artillerie à Pied. Colonel en tenue de Ville, Capitaine-Commandant en grande tenue.

Vue de Saint Sébastien pendant le siège de 1823.

Les escarmouches doivent être peu nombreuses car nos troupes progressent très vite au milieu de foules joyeuses et reconnaissantes. Les pertes en vie sont très peu importantes.

C’est encore la 3e Compagnie du 8e Régiment d'artillerie à pied qui tire le premier coup de canon de la campagne le 6 avril 1823.

Avant de franchir la frontière franco- espagnole, le duc d’Angoulême fait rédiger une proclamation aux Espagnols par le conseiller d’État, commissaire civil, de Martignac :

Il est temps de mettre un terme à l’anarchie qui déchire l’Espagne. La France n’est pas en guerre avec votre patrie. Je vais franchir les Pyrénées à la tête de cent mille Français pour m’unir aux Espagnols amis de l’ordre et des lois, pour les aider à délivrer le Roi prisonnier, à relever l’autel et le trône, à arracher les prêtres à la proscription. Espagnols, tout se fera pour vous et avec vous. Les Français ne sont, et ne veulent être que vos auxiliaires. Votre drapeau flottera seul sur vos cités. Les provinces traversées par nos soldats seront administrées au nom de Ferdinand par des autorités espagnoles. La discipline la plus sévère sera observée. Tout ce qui sera nécessaire au service de l’armée sera payé avec une religieuse exactitude. Nous ne prétendons ni vous imposer des lois ni occuper votre pays.

Dès le 7 avril, l'armée des Pyrénées pénètre en Espagne, où elle est bien accueillie, contrairement aux troupes de l'Empereur quelques années auparavant.

Dès l’entrée des troupes françaises en Espagne, le Grand Quartier Général va publier, sous la signature du major-général Guilleminot un bulletin donnant l’état d’avancement de la campagne.

Il n’y a pas eu de combat, mais une simple marche en territoire neutre. Devant Saint Sébastien, la situation change complètement. La division Bourke commence le blocus de la ville. La garnison de Saint Sébastien refuse de se rendre jusqu'au mois de septembre, quand tout espoir est perdu pour les Constitutionnels[22].

Un document, l’Emplacement journalier du 30e régiment de Ligne montre la rapidité de la progression du 1er corps d’armée :

- 6 avril bivouac devant Urrugne (Orogne sur le document)

- 7 avril Renteria (Rinteria sur le document)

- 8 avril Hernani

- du 9 au 15 avril devant Saint-Sébastien

- puis la marche vers Burgos, atteint le 30 avril.

Si on soustrait les jours de bivouac de cette campagne, on constate que la distance Renteria-Burgos est couverte en onze jours de marche à pied, soit vingt kilomètres par jour. Cela ne laisse aucun temps pour les combats[23], même pas des escarmouches. Cette expédition est une véritable promenade militaire. L'or de la France paie bien au-dessus de leur valeur les fournitures que les paysans espagnols apportent à nos soldats en marche. La guerre d'Espagne se fait en quelque sorte avec l'or. On en donne aux volontaires espagnols absolutistes qui servent dans nos rangs. On en donne aux généraux de l'armée espagnole constitutionnelle pour leur faire mettre bas les armes. On en donne aux députés des cortès et aux membres du gouvernement libéral, afin de les décider à la fuite[24].

Les réactions espagnoles[]

Evaristo Fernández de San Miguel, ministre des Affaires étrangères des libéraux.

Vue des Frontières d'Espagne au passage de l'armée de la Foy. A part dans quelques villes tous les Espagnols accueillent les Français comme des libérateurs.

C’est seulement le 23 avril, soit 16 jours après l’invasion, qu’un décret royal espagnol déclare la guerre à la France. Le 24, San Miguel fait une longue déclaration devant les Cortes réunies à Séville[25]

Le document imprimé comprend treize pages dont les principaux points sont des banalités dénonçant la politique à mener décidée par les alliés à Vérone. L’armée française n'envahit pas l’Espagne sans déclaration de guerre. C'est à Puigcerda et Font Romeu l'armée constitutionnelle qui a violé la frontière. Cette armée et ce pouvoir que les alliés ne reconnaissent pas comme légal.

Tous les gorges qui séparent la Biscaye de la Vieille Castille, la vieille Castille de la Nouvelle et celle-ci de l'Andalousie, toutes ces montagnes que les bonapartistes avaient s trouvées, il y a douze ans, toujours garnies d'artillerie, de bandes espagnoles et de guérillas, nous les franchissons cette fois sans autres témoins que des pâtres oisifs ou des paysans qui accourent pour acclamer l'armée de la Foy[26].

Evariste San Miguel ne peut que faire ensuite l’état désastreux des relations diplomatiques de l’Espagne révolutionnaire avec les principales puissances mondiales (Saint Siège, Royaume de Naples, Portugal, États Unis d’Amérique, Turquie... Il existe avec l’Algérie un état de quasi belligérance[27].

San Miguel se fait des illusions sur la politique que va mener la Grande Bretagne. Il n’oublie pas de mentionner les plaintes de l’Espagne devant les prises de bateaux marchands par les navires anglais. En résumé, San Miguel reconnaît l’isolement international de l’Espagne, la faiblesse des forces armées, la pénurie en numéraire et les problèmes intérieurs[28].

En effet, nous avons pour nous en 1823 tout ce qui avait été contre nous de 1808 à 1812. Les populations accourent au devant de nos soldats. Elles reçoivent le généralissime, duc d'Angoulême, comme le bon et loyal cousin de leur roi Ferdinand VII, détenu prisonnier par les libéraux, comme le vengeur de la religion, de la piété et du pouvoir royal[29].

Siège de Pampelune (fin avril - 16 septembre)[]

Watigny commande une batterie au siège de Pampelune.

Quatre compagnies font partie du premier corps commandé par le maréchal Oudinot qui a repris du service sous le nouveau régime. Elles participent au combat de Logroño, au nord de la Rioja, le 18 avril.

Le général comte Molitor, avec le 2e Corps d’armée et l’assistance, faible numériquement mais efficace moralement à ce moment là, du corps espagnol royaliste, sous les ordres du général d’Espagne pénètre en Navarre et investit Pampelune. Comme Saint-Sébastien, Pampelune refuse de se rendre, combat énergiquement, obligeant les troupes françaises à assiéger la ville, laquelle comme Saint Sébastien, ne se rend qu’en septembre, affamée et démunie de tout[30].

Les 1re, 2e, 5e, 6e, 7e et 11e batteries du 8e Régiment d'artillerie à pied participent au Siège de Pampelune. Les pièces d'artillerie sont souvent espagnoles et récupérées dans les autres forteresses de l'armée constitutionnelle du nord de l'Espagne qui se rendent sans combattre.

En Catalogne[]

Le lieutenant général-vicomte de Damas.

Déroute de l'armée constitutionnelle dans la banlieue de Barcelone et prise de Mataró par l'armée française.

Combat de Martorell en Catalogne, le 9 juillet 1823.

Dans les Pyrénées Orientales, le 4e Corps d’armée sous les ordres du vieux maréchal Moncey, n’est entré en Catalogne que le 18 avril. La 2e division de ce corps, commandée par le lieutenant général-vicomte de Damas, n’obtient la reddition de Figueres, situé à vingt six kilomètres de la frontière, que dans la nuit du 24 au 25 avril[31].

Comme le dit Bittard des Portes la population rurale de Catalogne est beaucoup plus favorable aux idées constitutionnelles que celle des autres provinces d’Espagne.

Mais militairement l'armée constitutionnelle est incapable d'affronter l'armée royale. Le 4e Corps d’Armée a, en face de lui, Mina commandant en chef de l’armée de Catalogne, ancien chef guérillero des années 1810, connaissant la montagne, tacticien compétent, expérimenté. Moncey le sait, d’où sa prudence dans la progression. Les troupes de Milans, l’un des adjoints de Mina, refusent le combat, reprenant ainsi la tactique des guérilleros pendant la guerre d’Indépendance. Le baron de Damas, qui commande la 4e division de Catalogne, confirme dans ses Mémoires, publiées plusieurs décennies après la guerre :

Mina manœuvrait en tous sens plus en partisan qu’en général d’armée.

Le général Mina semble effectivement oublier qu’il commande une armée régulière, et que les trains régimentaires sont lourds et lents à manœuvrer. Pour dégager les troupes de Mina en retraite, une petite partie de la garnison de Barcelone, sous les ordres du général Rotten, sort de la ville pour effectuer une diversion. Ces troupes sont vigoureusement repoussées. Les Constitutionnels s’enfuient en jetant armes et équipements[32].

Le bulletin de l’armée du 1er juin rapporte ces combats du 24 mai :

- 150 hommes tués ou blessés chez les Constitutionnels

- 40 officiers et 150 hommes prisonniers.

Sur le champ de bataille cinq cents fusils, des gibecières, des shakos, des lances, des sabres, sont récupérés.

Les troupes françaises déplorent trois morts et quinze blessés. La disproportion est flagrante. Dans cette affaire, les Constitutionnels, mal commandés, peu motivés, ne savent ou ne veulent pas se battre[33].

Une progression encore plus rapide sur Madrid (mai 1823)[]

Le Duc d'Angoulême représenté pendant la guerre d'Espagne en compagnie des maréchaux Lauriston et Molitor.

Passage de la Sierra de Guadarrama par l'armée française avant d'arriver à Madrid le 23 mai.

Pendant que le 4e Corps d’Armée rencontre une faible résistance en Catalogne, la progression éclair se poursuit vers l’Ouest puis vers le Sud. Le 1er Corps prend le chemin de Madrid. Il entre le 9 mai à Burgos.

L’armée française franchit avec peine la Sierra de Guadarrama, une imposante barrière montagneuse qui protège Madrid[34]. Le 23 mai, l’avant-garde du corps de réserve et une brigade de la division Obert du 1er corps d’armée, entrent dans Madrid sans coup tirer[35].

Le généralissime, avec le reste des troupes, pénètrent dans Madrid le 24. L’armée a quitté Irun le 7 avril, un mois et demi plus tard elle arrive à Madrid distant de 500 km, vitesse moyenne 5,5 km/jour, repos inclus, comme au début de la campagne il s’agit d’une promenade sans aucun combat.

Le 6e bulletin, daté du 25 mai du quartier général de Madrid, est un cri de victoire :

Arrivé sur l’Ebre, le Prince général en chef voyant que les soldats français étaient partout accueillis comme des libérateurs, qu’ils trouvaient dans presque tous les Espagnols des alliés pleins d’ardeur et de zèle, que les corps peu nombreux qui obéissaient encore aux Cortes ne pouvaient sur aucun point opposer une résistance sérieuse, crut devoir s’écarter des règles ordinaires de la guerre en faisant de grands détachements pour hâter la délivrance de l’Aragon et de la Castille.

Mission est donnée au 2e corps d’armée, sous les ordres du lieutenant général comte Molitor, d’occuper Saragosse, puis d’aller en Catalogne pour faciliter les opérations du 4e corps d’armée, commandé par le maréchal duc de Conegliano.

Le 7e bulletin, du 28 mai, signale l’affrontement de la 1re brigade du 1e corps avec 3.000 fantassins et 500 cents cavaliers de l’armée constitutionnelle à Talavera. Là encore les Espagnols se retirent sans réellement combattre[36].

La Régence du Royaume (fin mai 1823)[]

Le commandant militaire de Madrid capitule secrètement et s'enfuit en France, et la garnison madrilène sans chef se rend aux Français, qui s'emparent de la ville.

Du temps de Martignac[]

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1823, le 24 mai le Duc d'Angoulême, à la tête du 1er corps de l'armée d'Espagne, est très bien accueilli à Madrid, comme dans le reste de l'Espagne.

Jean-Baptiste Sylvère Gay, vicomte de Martignac.

Pedro de Alcántara Álvarez de Tolède. Président de la Régence.

Les Cortes, dont Ferdinand VII est le prisonnier, se réfugient à Séville, puis à Cadix, qui devient provisoirement la capitale de l’Espagne[37].

Si sur le plan militaire le duc d’Angoulême a toutes les raisons de se féliciter de la réussite de sa stratégie, il n’en va pas de même sur le plan de la politique intérieure espagnole[38].

Dès son entrée dans Madrid, Angoulême demande aux membres du Conseil de Castille et des Indes de se réunir pour choisir une Régence du Royaume pendant la captivité du roi Ferdinand VII.

Jean-Baptiste Sylvère Gaye de Martignac (1772 - 1832) accompagne le duc d'Angoulême lors de l'Expédition d'Espagne en qualité de commissaire civil. Le 19 juin à Madrid, Martignac écrit à Monsieur le :

Je remplis à regret un devoir qui m’est imposé en vous faisant part des inquiétudes qu’ont fait naître dans l’esprit de son Altesse Royale quelques uns des derniers actes de la Régence publiés par la voie des journaux.

Martignac rappelle les raisons de l’intervention française et les conditions de la collaboration entre la Régence et le chef de l’armée française. La Régence doit s’occuper essentiellement de l’administration du pays, de l’organisation de l’armée de la Foi et contribuer aux efforts de la France pour délivrer le Roi, laissant à ce dernier la solution des problèmes graves. La vente des biens nationaux est l’un d’eux. Fort de l’expérience française dans ce domaine, en 1814 puis en 1815, Martignac écrit :

Vous souteniez la nullité de ces ventes, argument dont je suis loin de soutenir la force, je vous avais prié de considérer qu’une décision de cette nature devant froisser de nombreux intérêts, il était d’une saine politique de l’ajourner jusqu’au moment où la délivrance du Roi aurait vaincu toutes les résistances[39].

Les Français apprennent, par la Gaceta de Madrid, que tous les ordres religieux, sont rétablis. Le duc d'Angoulême déplore que ces grandes questions, réservées au Roi, soient décidées à l’improviste. Les tensions entre le gouvernement français et la Régence s'aggravent.

Martignac avant de conclure sa lettre, lance une dernière flèche :

Je sais que quelques personnes prétendent qu’il est de votre honneur de secouer le joug que le cabinet français veut vous imposer. La France veut vous délivrer d’un joug Insupportable et non vous en imposer un, seulement, dans une entreprise où elle apporte franchise et loyauté dont il est peu d’exemples, elle demande qu’on lui accorde une confiance à laquelle elle a des droits.

Du temps de Talaru[]

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Contrairement à ce que racontent des légendes tenace les Français en 1823 essaie de modérer les deux camps espagnols qui s'affrontent.

Les Autrichiens veulent imposer le Roi Ferdinand de Naples (1751 - 1825) comme Régent. Chateaubriand avec l'appui de la Russie et de la Prusse refuse.

Attaque du fort de l'île Verte par les frégates Guerrière et Galathée, le 15 août 1823. La victoire de la France est totale, ce qui inquiète l'Autriche et les Anglais.

Pour calmer le conflit latent entre la Régence du Royaume et Martignac, le gouvernement français nomme un ambassadeur, Louis-Justin-Marie, marquis de Talaru, dont l’arrivée à Madrid met fin aux fonctions de Martignac. L’attitude hostile de la Régence envers la France n’est pas modifiée par son départ'[40].

Le 23 juin, la Régence décrète l’incarcération, en qualité d’otages, des parents des Constitutionnels se trouvant à Cadix et dans l’île de Léon. Angoulême déclare qu’il ne tolére pas des mesures aussi arbitraires.

Vient ensuite un document de 8 pages, une lettre écrite de la main même du vicomte de Chateaubriand, alors ministre des Affaires Étrangères, datée de Paris le 4 juin et adressée à Monseigneur le duc d’Angoulême[41]. Le vicomte informe le duc d’Angoulême que la cour de Naples a d’abord demandé que son ambassadeur assiste aux réunions des différents ministres alliés concernant l’Espagne. Ensuite, cette même cour demande que le Roi de Naples soit reconnu Régent d’Espagne[42].

Chateaubriand refuse catégoriquement cette demande, en disant :

Mettre un fils de France victorieux sous la tutelle d’un ambassadeur napolitain était une chose qu’on ne pouvait entendre sans ressentir une vive indignation.

Le vicomte analyse ensuite les raisons de cette curieuse demande du Roi de Naples, il y voit la main de l’Autriche.

Il était clair que c’était l’Autriche qui, jalouse et effrayée de nos succès voulut intervenir dans les affaires d’Espagne.

Dans ce refus de la prétention du roi de Naples, la France est soutenue par la Russie et par la Prusse. Chateaubriand conclut les sept premières pages de cette note diplomatique :

L’Autriche sent qu’elle perd sa puissance par notre résurrection militaire et il faut Lui pardonner ce mouvement d’humeur.

Il termine avec une bonne nouvelle à annoncer aux Espagnols: cédant aux sollicitations françaises, le Pape envoie un Nonce à Madrid.

Jusqu'en novembre, nos armées livrent à travers toute la péninsule une série de combats aux libéraux.

Le Duc d'Angoulême est accompagné par cinq compagnies de gardes[]

Le cousin germain d'Auguste de Rambaud, le colonel-baron Louis de Labrousse participe à cette expédition.

Lieutenant Garde royale de Louis XVIII (équivalence de grade : colonel.

Selon A Description of a Chart of Biography (1834) :

Charles Eugène de Lalaing d'Audenarde placé, en 1823, à la tête des cinq escadrons fournis par les cinq compagnies des gardes pour la guerre d'Espagne, il fut vivement sollicité d'intervenir auprès du prince généralissime, afin que ces escadrons, restés sur les derrières de l’armée, fussent mis en première ligne, et puissent donner des preuves de leur zèle. La réponse du major-général Guilleminot fut très sévère, et, au nom du duc d'Angoulême, il menaça de sévir si une semblable demande était renouvelée : les gardes du corps restèrent à l'arrière-garde jusqu'à Madrid. Lorsque le roi d'Espagne fut sorti de Cadix, le général d'Audenarde reçut le grand cordon de l'ordre de Saint-Ferdinand, et peu de temps après le grade de lieutenant-général.

Selon Edouard Déchy, ancien garde :

... la campagne d’Espagne de 1823. Cette guerre laissant de longs loisirs à ces MM. de la maison du roi de France. ils n'avaient rien de mieux a faire, pour passer le temps, que de causer entre eux des aventures galantes qui tenaient un peu plus de place dans leur vie que les travaux et les études de la guerre. C'était, du reste, un résultat forcé de leur position, et non certainement un effet de leur volonté; car, on le sait, leur bravoure était proverbiale, et nombre d'officiers fort distingués, généraux de mérite, sont sortis de leurs rangs[43].

Campagne des françaises en Espagne 1823.

LA RAPIDE AGONIE DU TRIENNAT LIBERAL[]

Le 20 septembre, le fort Santi-Pietri à Cadix tombe à son tour devant une action combinée de l'armée et de la marine.

À l'est et au sud-est, Molitor repousse Ballesteros en Aragon, le poursuit jusqu'à Murcie et Grenade, le combat victorieusement à Campillo de Arenas le 28 juillet et obtient sa reddition le 4 août. Aux abord de Jaén, il défait les dernière colonnes de Riego. Celui-ci voir les siens se débander. Il est trahi, arrêté, et conduit garrotté à la Caroline. Un officier français le remet aux royalistes espagnols le 15 septembre et pendu le 7 novembre à Madrid, deux jours avant la chute d'Alicante.

En Catalogne, Moncey parvient difficilement à réduire les unités régulières et les guérilleros du général Mina. Barcelone ne se rend que le 2 novembre.

En Andalousie se déroulent les opérations les plus décisives. Sous le commandement du général Bordesoulle, bientôt rejoint par le duc d'Angoulême et Guilleminot, l'infanterie des généraux Bourmont, Obert et Goujeon, la cavalerie de Foissac-Latour, l'artillerie de Tirlet, le génie de Dode de La Brunerie prennent position devant Cadix à partir de mi-juillet. Cadix avec les batteries des forts Sainte-Catherine et Saint-Sébastien à l'ouest, du fort Santi-Pietri à l'est et surtout de la presqu'île fortifiée du Trocadéro.

Progression de nos armées vers le sud[]

Combat d'Aleira (14 juin) - Vue de Peñíscola.

28 juillet : bataille de Campillo de Arenas.

Le Général Ballesteros et son armée rallient le camp royaliste.

Pendant qu’Angoulême se débat avec le Conseil de Régence, de plus en plus arrogant, deux colonnes mobiles se dirigent vers Séville pour délivrer le Roi. La première, commandée par le comte Bordessoulle, fait office de corps de réserve et la seconde colonne passe par l’Estrémadure sous les ordres de Bourmont, qui vient d’être promu lieutenant général. Mais certains corps restent bloqués devant des villes assiégées faute de matériel de siège.

Un ancien chef guerillero, El Empecinado, a réuni 1.600 hommes et se bat avec énergie contre l’armée espagnole royaliste, son alliée de la guerre de 1808-1813. Il est défait à Moraleja par le brigadier Merino qui décime ses troupes[44].

Les bulletins de victoire de l’armée française se succèdent à un rythme accéléré. Ainsi, le 12e bulletin, signé du Grand Quartier Général de Madrid, annonce que le comte Molitor, 2e corps d’armée, est entré dans Valence le 13 juin, chassant Ballesteros et son armée de 14.000 hommes. Le même jour, le 13e bulletin proclame que le comte Bordessoulle modifie sa direction. Il se dirige vers Cadix car les Cortes ont abandonné Séville en toute hâte le 11 juin, en emmenant le Roi prisonnier vers Cadix, où ils arrivent le 13[45].

Dans le 14e bulletin du 21 juin, le comte Molitor rend compte au duc d’Angoulême: l’avant garde de son corps d’armée, commandée par le général Bonnemains, est au contact de l’arrière garde de Ballesteros à Algemeci (situé à 30 kilomètres au Sud de Valence) le culbutée et se trouve maintenant à Alzira (8 kilomètres au Sud de Algemeci).

Le 15e bulletin, du 25 juin, confirme que Bordessoulle est à Utrera (35 kilomètres Sud Sud Est de Séville).

Le Journal des Débats, du 24 juin, annonce prématurément la campagne d’Espagne peut être regardée comme à peu près finie. Les bulletins suivants parlent surtout des combats dans les Asturies et la Galicie. Le 27e bulletin, du 3 août, concerne une nette défaite d’un des plus importants généraux constitutionnels, le général Ballesteros[46].

Le général Zayas tente une dernière manœuvre contre le général Molitor, à mi-chemin entre Jaen et Grenade, à Guadahortuna. C’est un échec sanglant, confirmé tardivement dans le 27e bulletin du 7 août.

Ballesteros apprenant l’échec de son adjoint veut livrer un dernier combat le 28 juillet. C’est la bataille de Campillo de Arenas (70 kilomètres de Grenade). Les Constitutionnels laissent environ 500 morts ou blessés sur le terrain. La nuit suivant la bataille, 1.500 hommes de l’armée de Ballesteros désertent. Ballesteros est vaincu. La conséquence de cette journée est très notable sous le rapport politique. Le 4 août, le général Molitor, qui a porté son quartier-général à Grenade, reçoit la soumission de Ballesteros et de son armée à la régence établie à Madrid au nom du roi Ferdinand[47].

Pendant ce temps, en Catalogne le 4e corps d’armée, sous Moncey, se bat toujours devant Barcelone dont la garnison fait une sortie en force qui oblige les Français à reculer.

Le duc d’Angoulême voyant les excellents résultats du 2ecorps d’armée et soucieux de libérer au plus vite Ferdinand VII, déplace son quartier général de Madrid à Andujar[48].

Le duc d’Angoulême à Andujar[]


L'ordonnance d'Andujar[]

Cette célèbre ordonnance d'Andujar est rédigée par le général Guilleminot dans le but de concilier les partis.

Les Suisses du Régiment de Hohenlohe - ancêtres de la Légion Étrangère - comme le reste de l'armée royale n'apprécient pas les persécutions contre les vaincus.

Même le Général-Prince Hohenlohe a des problèmes avec certains chefs de bande absolutistes.

Dès son arrivée, le 8 août, il proclame une ordonnance qui fait beaucoup de bruit parmi les Royalistes, mais qui montre le niveau d’exaspération du commandement français contre l’intolérance des Royalistes fidèles à Ferdinand VII. Cette célèbre ordonnance d'Andujar est rédigée par le général Guilleminot dans le but d'essayer en vain de concilier les partis[49] :

Nous Louis Antoine d’Artois, fils de France, duc d’Angoulême, commandant en chef de l’armée des Pyrénées, considérant que l’occupation de l’Espagne par l’armée française sous nos ordres, nous met dans l’indispensable obligation de pourvoir à la tranquillité de ce

royaume et à la sûreté de nos troupes. Avons ordonné ce qui suit :<

article premier - les autorités espagnoles ne pourront faire aucune arrestation sans l'autorisation du commandant de nos troupes dans l’arrondissement duquel elles se trouveront.
article deux - les commandants en chef des corps de notre armée feront élargir tous ceux qui ont été arrêtés arbitrairement et pour des motifs politiques, notamment les miliciens rentrant chez eux. Sont toutefois exceptés ceux qui, depuis leur rentrée dans leurs foyers, ont donné de justes motifs de plainte.
articles 3 - 4 et 5 - pour mémoire. L’armée française toute entière, des officiers aux simples soldats, applaudit cette ordonnance. Mais la rédaction de l’ordonnance est maladroite. La première phrase : “l’occupation de l’Espagne par l’armée française” ne peut que heurter de front la susceptibilité des Espagnols. Les maladresses continuent avec les articles 1 et 2 : l’armée française fera libérer, sous entendu par la force si besoin est, les personnes arrêtées par les Royalistes qui ainsi ne sont plus maîtres dans leur pays[50].

La brutalité, dont ont fait preuve les soldats de Napoléon aussi bien que les insurgés espagnols, ne se retrouve pas côté français en 1823[51]. Néanmoins cette guerre qui n'est pas totale est néanmoins une guerre civile.

Quatre jours après la publication de l’ordonnance d’Andujar, la Régence écrit au duc d’Angoulême qu’elle en a pris connaissance au cours d’un entretien entre le ministre de la Guerre de la Régence et le maréchal Oudinot. Après une première page d’éloges du duc d’Angoulême sur la manière dont il conduit la campagne, puis de remerciements pour la constitution de la Régence, l’auteur de la lettre, qui nous est inconnu, rappelle les malheurs qui ont accablé l’Espagne et notamment les victimes de la Révolution. La lettre est, formellement, très respectueuse, très bien argumentée et c’est seulement en deuxième page qu’elle entre dans le vif du sujet en disant que la Régence a été mise en possession de la souveraineté provisoire, de l’administration et de la justice, par le le duc d’Angoulême lui même. La publication de l’ordonnance serait la négation même de la Régence et ses ennemispourraient triompher en parlant d’une domination cachée de la France. La lettre conclut :

La conservation de l’honneur de la Régence est essentielle pour atteindre ce but (le succès de l’entreprise de restauration) et que cet honneur s’écroulerait si elle n’est pas maintenue dans toutes les attributions qui lui sont inhérentes.

Cette première réaction, prudente, révèle une susceptibilité froissée. Elle demande que la Régence soit rétablie dans tous ses pouvoirs, elle ne l’exige pas encore. Les réactions vont aller en s’amplifiant, des incidents violents opposent certains commandants d’arrondissement, comme le raconte Bittard des Portes certains chefs de bande absolutistes qui s’opposent à la promulgation de l’ordonnance. Il cite l’affrontement entre le Trappiste, ex chef de guérilleros de la guerre de 1808-1813, haïssant viscéralement les Français, et le prince de Hohenlohe commandant le 3e corps d’armée[52].

Désaccords avec les partisans de l'Inquisition[]

Un de ces moines dont le fanatisme excessif est dénoncé par les chefs militaires français.

L'ordonnance d'Andujar dénonce les crimes que commettent les alliés des Français.

Fernando VII rétablit en 1823 en Espagne la Sainte Inquisition, qui a persécuté mon ancêtre Joseph Dubernad, financier, député des Français de Cadix.

La France essaie de protéger les troupes constitutionnelles vaincues de la fureur des absolutistes espagnols et se présente presque comme une puissance médiatrice entre deux partis antagonistes[53].

Un soulèvement se produit à Bilbao affirmant que l’ordonnance du 8 août est attentatoire aux droits et privilèges de la Biscaye. Il y a des menaces de mort contre Angoulême provenant d’officiers royalistes excités.

La division de l’armée de la Foi, commandée par le comte d’Espagne, qui combat aux cotés des Français, qui est entretenue, armée et soldée par la France, écrit à la Régence de Madrid un texte révélateur de l’état d’esprit des absolutistes :

Tous les militaires de la division sont résolus à se sacrifier jusqu’au dernier plutôt que de souffrir que la nation espagnole soit gouvernée par une autorité militaire étrangère. Que l’Espagne soit couverte des cadavres de ses enfants plutôt que de vivre avilie par le déshonneur et de subir le joug de l’étranger[54].

Une lettre adressée le 12 août 1823, depuis Olite, à S.A.R. le duc d’Angoulême, par l’évêque de Pampelune est une autre réaction extremiste. A cette époque Pampelune est aux mains des Constitutionnels, assiégée par les troupes françaises et l’évêque en titre a dû quitter la ville, fuyant les Constitutionnels pour se réfugier à Olite :

L’évêque de Pampelune supplie Votre Altesse de rétablir l’ordre de l’Inquisition ... Il faut maintenir la loyauté jurée à notre souverain idolâtré... Aujourd’hui on parle contre Dieu, contre le Dogme, contre l’Eglise. On introduit des livres impies et obscènes .. Seule l’Inquisition peut lutter et nous protéger de l’hérésie... L’Inquisition est nécessaire.

L’évêque et l’armée de la Foi, ont ce coté fanatique qui encouragé, soutenu par le Roi, va avoir de funestes conséquences pour l’Espagne jusqu’à la mort de Ferdinand VII en 1833. La violente réaction des absolutistes, qu’un minimum de connaissance de l’âme espagnole aurait du permettre de prévoir, met en évidence l’incompréhension entre les points de vue français et espagnols[55].

Sans conteste l’ordonnance est maladroite. L’affaire prend une telle importance que le Roi de France doit intervenir. Il conseille à son neveu de revoir son texte initial et prêche la modération.

Angoulême autorise son major général Guilleminot à écrire fin août aux généraux commandant les différents corps d’armée, en leur conseillant de laisser aux autorités espagnoles en place le pouvoir de réprimer les délits, tout en maintenant l’intention de faire cesser les mesures arbitraires.

Siège de La Corogne (6/12 août 1823)[]

Prise des retranchements de Sainte-Marguerite devant la Corogne, le 5 juillet 1823.

Pendant que nos principales armées combattent en Andalousie et en Catalogne, sous les ordres du Général Bourke, une partie des troupes françaises assiste au siège de La Corogne.

Commencé le 6 août, le siège est interrompu le 12 : les batteries d'artillerie déclenchent un incendie dans la ville tant et si bien que les habitants imposent aussitôt la reddition à la garnison[56][57].

La bataille pour Cadix commence[]


Le moral des troupes[]

Général Étienne Tardif de Pommeroux, comte de Bordessoule.

Comme le dit Jean Delmas dans cette expédition, la seule opération digne de ce nom concerne le siège de Cadiz, associant les efforts du duc d’Angoulême et de la Marine.

Lors de la guerre d’Indépendance (1808 - 1814), les troupes françaises n’ont pu s’emparer de Cadix où s’est réfugiée la Junte. Pourtant, en septembre 1810, le maréchal Victor, à la tête du 1er corps d’armée, réussit à enlever aux Espagnols le fort du Trocadéro et la redoute de Matagorda, mais ensuite reste bloqué. Les anciens de l’armée napoléonienne ont, en 1823, un fort désir de revanche et après les six premiers mois de cette campagne parsemée de victoires aisées, ils se sentent surs de vaincre. Les jeunes recrues, entraînées par les récits des anciens, ne sont pas moins motivées. Quant aux jeunes officiers, venus de l’émigration, ils veulent prouver leur valeur et il ne leur déplaît pas de réussir là où l’usurpateur Buonaparte a échoué. Ils sont fiers aussi que les Espagnols ne subissent pas de mauvais traitements, que les nombreux prisonniers espagnols soient bien traités et que leurs soldats ne pillent pas les campagnes espagnols pour ne pas mourir de faim[58].

Partant de Madrid, deux colonnes mobiles se dirigent vers Cadix :

- La première, forte de six mille hommes, commandée par le lieutenant général Bordessoule, partie de Madrid le 1er juin, après avoir traversé la Mancha, arrive à Puerto Santa Maria, le 24 juin.

- La seconde colonne, dépendant du lieutenant général comte de Bourmont, est passée par l'Estrémadure et son avant garde commandée, par le maréchal de camp Gougeon, rejoint Bordessoule quelques jours plus tard[59].

Mésententes entre généraux et avec nos alliés (16 juillet - 16 août)[]

Puerto de Santa María, en 1823.

Baie de Cadix.

L'amiral Guy-Victor Duperré (1775 - 1846).

Ces deux derniers régiments vont jouer un rôle important au cours des différentes étapes qui précèdent la reddition de Cadix. Les troupes françaises sont convaincues que Cadix ne peut résister et ne croient pas nécessaire d’effectuer des travaux d’approche sérieux. Elles se contentent d’investir la ville, de dresser quelques batteries. Les Constitutionnels voyant le peu d’agressivité des Français décident, le 16 juillet, de faire une sortie en force[60].

Le lieutenant général comte Bordessoulle annonce une sortie faite par 8 à 9.000 Constitutionnels soutenus par le feu de plus de soixante pièces de gros calibre et par celui de neuf chaloupes canonnières.

Du 24 juin au 31 juillet, il n’y a aucune initiative française devant Cadix. Pendant plus d’un mois, les troupes françaises arrivées à Puerto Santa Maria restent dans une position de défensive absolue, laissant aux troupes espagnoles de Cadix le temps d’améliorer leur défense et de constituer des stocks de vivres importants.

L’accumulation de ces retards est peut être due à des mésententes dans le haut commandement, principalement entre Bordessoulle et Bourmont. Les difficultés soulevées dans les relations franco-espagnoles par l’ordonnance d’Andujar, sont également une des causes des tergiversations constatées dans le siège de Cadix.

Les 1er et 2 août, il y a des échanges de canonnade et enfin le 6 août, le duc d’Angoulême arrive devant Cadix avec le parc d’artillerie de siège, les troupes du génie, et 1.500 hommes de la Garde Royale. Les troupes françaises vont pouvoir commencer des travaux d’approche vers le fort du Trocadéro. Néanmoins il faut attendre le 16 août pour que le duc d’Angoulême, depuis Puerto Santa Maria, reprenne l’armée en main, avec un commandement[61].

Notre marine, contrainte d'employer plusieurs divisions navales à la surveillance des côtes et des ports de l'Atlantique et de la Méditerranée où s'accrochent les constitutionnels, n'envoie pour bloquer le port qu'une petite escadre d'à peine dix bâtiments, avec lesquels le contre-amiral Hamelin ne peut assurer sa mission.

Le 27 août, il est remplacé par le contre-amiral des Rotours.

Avec l’amiral Duperré le blocus devient plus efficace. Duperré n’a, lors de son arrivée le 17 septembre, que deux vaisseaux de ligne pour bloquer la côte espagnole, ce qui est insuffisant. Duperré doit faire pour le mieux avec les faibles moyens dont il dispose. Raisson confirme que le blocus de Cadix est réalisé par une cinquantaine de bâtiments légers, type canonnière, trouvés soit dans les ports espagnols soit amenés depuis la France[62].

Creusement de tranchées avant l'attaque (16/24 août)[]

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Rive de la rivière San Pedro à Puerto Real.

Plan du fort du Trocadéro.

Colonel-comte de Banyuls de Montferré.

Le Duc d’Angoulême dans les tranchées avant la bataille du Fort du Trocadéro à Cadix.

Le duc d’Angoulême décide d’attaquer le fort du Trocadéro en premier.

Après la guerre d’Indépendance et le départ des troupes françaises, les autorités espagnoles renforcent la défense de Cadix. Le Trocadéro, contre lequel va se diriger la première attaque des troupes françaises, occupe une presqu’île qui est séparée de la terre par une coupure, La Cortadura, un canal creusé à cette époque, rempli d'eau de mer large de 70 mètres. Les premières fortifications de l’ennemi, celles qui couvrent tout le front du Trocadéro, sont armées de 45 bouches à feu de gros calibre[63].

Outre ces fortifications, l’isthme renfermait un fort, le fort Saint-Louis, destiné à défendre les magasins de marine, situés dans le village de Saint- Joseph : 1.700 hommes d’élite, dévoués à la cause révolutionnaire, et commandés par un membre des Cortès, le colonel Garcès, défendent ces ouvrages, dont ils s’occuent, sans relâche, à perfectionner les moyens de résistance. Les flancs et les abords du Trocadéro sont en outre protégés par un grand nombre de chaloupes canonnières[64].

La Cortadura est un canal incomplètement creusé, car dans les années qui suivent le retour de roi Ferdinand VII, une nouvelle guerre avec les Français parait improbable. Ce large fossé n’a pas partout la profondeur convenable pour empêcher le franchissement des troupes à pied, en période de basses marées[65].

Avant d’atteindre La Cortadura, les troupes françaises doivent franchir une zone à découvert. Il faut creuser des tranchées conduisant les troupes à l’abri jusqu’à La Cortadura.

Ces tranchées doivent être en zigzag afin d’éviter un feu d’enfilade. L’ouverture des tranchée commence dans la nuit du 17 au 18 août et en cette seule nuit, 500 hommes de la garde royale du 3e Régiment d’infanterie de la Garde Royale, commandé par le colonel-comte de Banyuls de Montferré et le 36e régiment d’infanterie de ligne, commandé par le baron Maurin, ouvrent une tranchée de 500 mètres de long.

Le duc d’Angoulême vient, dès la première nuit de creusement de la tranchée, visiter et encourager les travailleurs. Les travaux de la deuxième nuit font arriver la tranchée jusqu’au Rio San-Pedro, à 260 toises de la coupure, hauteur de la première parallèle. Le silence et l’ordre qui règnent dans l’armée laissent l’ennemi dans l’ignorance de ces préparatifs redoutables[66].

Dans la nuit du 21 au 22, le 36e régiment de ligne et 1.000 hommes de la garde royale la prolongent de 400 mètres. Mais le 22, à la pointe du jour, ayant aperçu dans la plaine la ligne formée par le mouvement des terres, les Espagnols commencent un feu terrible sur nos ouvrages.

Avec des effectifs moindres, dans la nuit du 22 au 23, la tranchée gagne encore 110 mètres. Le 23, 100 hommes choisis parmi les plus déterminés de la garnison du Trocadéro, guidés par un officier intrépide et intelligent, traversent la Cortadura sur des barques et se présentent à la tête de la tranchée, avec l’intention de la reconnaître et de la détruire. La compagnie chargée de la garder suffit seule pour les arrêter et pour les obliger à regagner leurs embarcations[67].

Enfin, dans la nuit du 23 au 24, 430 hommes du 3e Régiment d’infanterie de la Garde Royale et le 36e régiment d’infanterie de ligne, la prolongent de 150 mètres. L’extrémité de la tranchée se trouve maintenant à 20 mètres de la Cortadura.

Recherche de la partie guéable de La Cortadura (24/30 août)[]

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L’artillerie met en place ses batteries.

La Cortadura.

La traversée à gué de La Cortadura.

Pendant trois nuits de suite, des reconnaissances sont effectuées pour rechercher la partie guéable de La Cortadura.

L’artillerie met en place ses batteries et détruit celle des constitutionnels.

Les fantassins et pontonniers construisent un équipage de pont, destiné à être jeté sur la La Cortadura après la victoire.

Les renseignements des paysans, la mort de quelques déserteurs de la garnison qui, en cherchant à traverser le canal, font que le capitaine Petit-Jean, du 36e régiment de ligne, excellent nageur, s’offre pour le reconnaître La Cortadura.

Petit-Jean descend à la nage le Rio San-Pedro et entre dans le fossé défensif. Puis, remontant une partie de ce canal, il y cherche le point où le fond solide, la profondeur modérée de l’eau et des abordages faciles permettant de tenter le passage, lorsque l’ennemi, l’ayant aperçu, fait sur lui un feu très vif de mousqueterie, et l’oblige à terminer cette première exploration[68].

Le 29, l’artillerie a armé ses batteries, l’équipage de pont est prêt. Dans la nuit du 29, trois braves, le capitaine Borne, de l’état-major, le lieutenant Grooters, du 34e régiment, et le caporal de sapeurs Hue, désirant partager les dangers et la gloire du capitaine Petit-Jean, demandent à l’accompagner. Ils découvrent qu'entre les deux batteries du centre de l’ennemi, le canal est franchissable.

Cette reconnaissance ne laissant plus d’incertitude, le Duc d’Angoulême fixe l’attaque à la nuit suivante, et, dans le but de tromper, de fatiguer l’ennemi, de rendre une surprise plus facile, il ordonne à l’artillerie de commencer son feu dès le matin[69].

Bataille du Trocadéro (31 août 1823)[]

Le Duc d'Angoulême observant l'attaque de la forteresse du Trocadéro, le 31 août 1823.

Attaque du Trocadéro par les hommes des régiments d’infanterie de la Garde Royale et le 34e de ligne.

Prise du Trocadèro (31 août 1823).

L’attaque du Trocadéro doit avoir lieu pendant la nuit, à l’heure de la marée basse.

Depuis les six heures du matin, le 30 août, la batterie du Duc d’Angoulême donne le signal du tir des autres batteries. Le 30 août, les compagnies du 8e Régiment d'artillerie à pied soutiennent de leur feu les colonnes d'assaut lancées sur la position du Trocadéro qui défend Cadix. Les premiers coups jettent l’alarme chez les Espagnols. Ils osent à peine riposter mais après une vive canonnade de deux heures, nos batteries ayant reçu l’ordre de cesser le feu, le tir de l’ennemi devient général.

Mais l’ordre d’attaque de l'infanterie n'est donné qu'à 22 heures. L’ennemi, fatigué des travaux de la journée et des tirs d'artillerie, se repose. Ce sont les six compagnies d’élite du 34e régiment d’Infanterie de Ligne et celles des bataillons d’Infanterie des 3e, 6e et 7e régiments de la Garde, réunies en arrière de la batterie d’Angoulême, qui prennent la tête de trois colonnes.

Le 31 août, vers 1 heure du matin, au signal de l’attaque, le 34e régiment d’infanterie de ligne, commandé par le colonel de Farincourt, s’élance, traverse le canal, les hommes ayant de l’eau jusque sous les bras se jette sur les retranchements et aborde les Espagnols à la baïonnette. Les soldats sont prévenus qu’il y aura deux à trois pieds d’eau et qu’en conséquence, il faut attacher la giberne autour du cou pour ne pas mouiller les munitions et mettre la crosse en l’air pour ne pas mouiller les batteries des fusils. En réalité, les troupes ont de l’eau jusqu’aux épaules car la marée la plus basse a eu lieu dans la nuit du 22 au 23. Les munitions sont mouillées, les batteries des fusils également. Il ne reste comme solution que la charge à la baïonnette.

Au prix de 35 tués et 110 blessés, les régiments de la Garde et le 34e régiment d’Infanterie de Ligne s'emparent de la presqu'île et de ses puissants canons retournés contre la ville de Cadix. Elle inflige à l'ennemi la perte de 150 morts, 300 blessés et 1.100 prisonniers.

Le prince, après avoir fait achever toutes ces dispositions, donne l’ordre d’attaquer le village du Trocadéro (Saint-Joseph). Les 45 pièces de canon qui garnissent la ligne sont à l’instant tournées contre l’ennemi. Le village de Saint-Joseph, le fort de Saint-Louis et les magasins du Trocadéro tombent ainsi en notre pouvoir.

Capitulation de Cadix (3 septembre 1823)[]

Bombardement de Cadix avec les canons pris au Trocadéro et au fort Santi-Pietri.

Libération par le duc d'Angoulême et les Cent mille fils de Saint Louis du roi Ferdinand VII.

La population de Cadix, attirée sur les remparts par ce spectacle, ajoute foi à la nouvelle que les chefs des libéraux répandent dans la ville : les Français ont été complètement repoussés.

Le 31e bulletin, depuis le quartier général de Puerto Santa Maria, le 1er septembre 1823, annonce qu’à 9 heures du matin, le 31 août, les troupes françaises occupent la totalité de la presqu'île.

Le 20 septembre, le fort Santi-Pietri tombe à son tour devant une action combinée de l'armée et de la marine.

Le 23, ses canons, ceux du fort du Trocadéro et de la flotte de Duperré bombardent la ville.

Les cortès se réunissent à Cádiz. L'aide anglaise attendue n'arrive pas et seule la milice nationale résiste. Le 28, les constitutionnels jugent la partie perdue : les Cortès décident de se dissoudre et de rendre à Ferdinand VII le pouvoir absolu.

Le 30, Cadix capitule. Le 3 octobre, plus de 4.600 Français débarquent sur les quais du port.

C'est une bataille qui met fin au Triennat libéral espagnol (1820 - 1823) et restaure le monarque absolu Fernando VII.

L'intervention des troupes françaises appelées les Cent Mille Fils de Saint Louis de San Luis ce jour là met fin à la guerre civile en faveur des royalistes.

Bombardement de Cadix par l'escadre française.

FIN DE L'EXPEDITION[]

Allégorie du retour de Fernando VII.

Retour à Paris du duc d'Angoulême (2 décembre 1823)[70].

Louis XVIII recevant dans son cabinet aux Tuileries, le duc d'Angoulême à son retour de la campagne d'Espagne, le 2 décembre 1823.

L’humiliation des défaites napoléoniennes en Espagne est effacée, et Chateaubriand, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Villèle du 28 décembre 1822 au 6 juin 1824, peut écrire triomphalement dans ses Mémoires d’outre-tombe :

Enjamber d’un pas les Espagnes, réussir là où Bonaparte avait échoué, triompher sur ce même sol où les armes de l’homme fantastique avaient eu des revers, faire en sept mois ce qu’il n’avait pu faire en sept ans, c’était un véritable prodige !

La victoire de l’armée française en Espagne est surtout un succès personnel pour Louis XVIII, dont elle renforçait la légitimité[71]. Cette victoire est militaire, diplomatique et politique.

En 1823, nos soldats ont peu à livrer en Espagne de ces luttes qui ont terni précédemment nos armes. Sauf quelques sièges, la plupart des opérations sont plutôt des escarmouches, des combats partiels. Les Espagnols constitutionnels et le peuple voient bien que nos armées royales contrairement à celles de Napoléon ne massacrent pas une partie de la population civile et ne tuent pas les prisonniers. Bien ravitaillés, même les vétérans des précédentes campagnes ne pillent pas les campagnes ou les commerces. Ils paient leurs achats. La présence de nos soldats, en infligeant aux partisans des Cortès de sérieux échecs, met tous les partis d'accord. Mais là encore nos généraux conseillent aux royalistes espagnols de pardonner aux vaincus. Beaucoup se rallient à l'armée française.

Le 23 novembre 1823, le duc d’Angoulême revient en France, laissant derrière lui une armée d’occupation de 45 000 hommes[72].

Les compagnies du 8e Régiment d'Artillerie, employées à l'armée d'Espagne, rejoignent à Toulouse la portion principale du régiment à la fin du mois de décembre 1823[73].

Mon parent, Watigny rentre donc dans ses foyers à Toulouse, où sa femme est enceinte. Le général Armand Charles Guilleminot, comme Chef de son état-major général, précise à mon parent Antoine Valentin Watigny que le duc d'Angoulême l'autorise à porter la Cruz de la Orden de San Fernando de 1ª Clase (Croix d'or de Chevalier de 1re classe de l'Ordre royal et militaire de Saint Ferdinand), le 18 novembre 1823[74].

Fernando VII reçoit à Cádiz les Cent Mille Fils de San Luis, dans la peinture de José Aparicio Inglada (1827).

LE SORT DES VAINCUS (1823 - 1833)[]

Une des dernières défaites des Constitutionnels : Combat de Lladó (15 septembre 1823).

Répression des libéraux aux environs de la citadelle de Barcelone.

L'armée française, en imposant une série de revers aux partisans des Cortes, conduit ces derniers à se montrer plus accommodants. Dès que le monarque libéré retrouve son trône, la guerre civile s'éteint officiellement d'elle-même. Le 30 septembre, les libéraux sont contraints de capituler.

Les libéraux négocient alors leur reddition en échange du serment du roi de respecter les droits des Espagnols. Ferdinand VII accepte et leur promet l’amnistie, mais, en fait, la réaction absolutiste (1823 - 1833) est plus violente que celle de 1814.

Le 1er octobre 1823, se sentant appuyé par les troupes françaises, Ferdinand VII abroge de nouveau la Constitution de Cadix, manquant ainsi à son serment. Il déclare nuls et sans valeur les actes et mesures du gouvernement libéral.

C'est le début de la décennie abominable pour l'Espagne. Les Commissions militaires poursuivent les responsables de délits politiques, et les Juntas de la fe (Conseils de la loi) jugent les libéraux et les francs-maçons. De nombreux opposants sont pendus[75].

Cependant, le désastre d’Ayacucho (9 décembre 1824), décisif pour l’indépendance des anciennes colonies espagnoles d’Amérique, et la reconnaissance officielle par l’Angleterre de cette indépendance (1825) incitent le roi, sur le conseil de son ministre Francisco Zea Bermúdez (1772-1850), à adopter une politique plus modérée envers ses sujets[76].

1823 est l'année de la première guerre civile espagnole.

NOTES ET RÉFÉRENCES[]

  1. Histoire de la Campagne d'Espagne en 1823, Abel Hugo, Lefuel Libraire-Éditeur 1825.
  2. La mort de Louis XVIII, 15 mn d'Histoire, Daniel de MONTPLAISIR, edi 8, 2014.
  3. Pierson, Peter. The History of Spain. Janvier 1999. Greenwoodp. 95. ISBN 978-0-313-36073-2.
  4. L'EXPÉDITION D'ESPAGNE
  5. Andoni Artola Renedo, L’Europe des honneurs. Décorations et légitimité à l’époque des restaurations. Un regard depuis l’Espagne, Siècles.
  6. David Bell, La première guerre totale. L’Europe de Napoléon et la naissance de la guerre moderne, Seyssel 2010.
  7. La création artistique espagnole à l'épreuve de la modernité esthétique européenne, 1898-1931, EPU, Éditions Publibook université, ISSN 1950-6856, Denis Vigneron, Publibook, 2009.
  8. La mort de Louis XVIII, 15 mn d'Histoire, Daniel de MONTPLAISIR, edi 8, 2014.
  9. La mort de Louis XVIII, 15 mn d'Histoire, Daniel de MONTPLAISIR, edi 8, 2014.
  10. Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, 1849 et 1850 chez Penaud frères (Paris).
  11. Andoni Artola Renedo, L’Europe des honneurs. Décorations et légitimité à l’époque des restaurations. Un regard depuis l’Espagne, Siècles.
  12. L'utopie réactionnaire: épuration et modernisation de l'état dans l'Espagne de la fin de l'ancien régime (1823-1834), Volume 21 de Bibliothèque de la Casa de Velázquez, Jean-Philippe Luis, Casa de Velázquez, 2002.
  13. Histoire de l'Espagne: Des origines à nos jours, Philippe Nourry, Collaborateur Joseph Pérez, Tallandier 2013.
  14. La création artistique espagnole à l'épreuve de la modernité esthétique européenne, 1898-1931, EPU, Éditions Publibook université, ISSN 1950-6856, Denis Vigneron, Publibook, 2009.
  15. Arte e Historia. Los Cien Mil Hijos de San Luis
  16. Lozano Allueva, Francisco Javier (2013). Días de violencia en 1823. Hechos casi olvidados durante el Trienio Liberal. Blesa, un lugar en el mundo. Originalmente publicado en marzo de 2011, no. 40, pp. 16.
  17. Sánchez Mantero, Rafael (1981). Los Cien Mil Hijos de San Luis y las relaciones franco españolas. Sevilla: Universidad de Sevilla, pp. 51-52.
  18. L’expédition d’Espagne en 1823 : mémoire de la campagne napoléonienne et expériences d’une guerre limitée, Emmanuel Larroche
  19. Historique du 8ème Régiment d'artillerie
  20. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  21. Historique du 8ème Régiment d'artillerie
  22. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  23. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  24. Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1865, Volume 2, Jules MICHAUD. 1865.
  25. Archivo Historico Nacional. Estado liasse 3024.
  26. Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1865, Volume 2, Jules MICHAUD. 1865.
  27. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  28. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  29. Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1865, Volume 2, Jules MICHAUD. 1865.
  30. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  31. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  32. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  33. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  34. L'EXPÉDITION D'ESPAGNE
  35. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  36. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  37. L'EXPÉDITION D'ESPAGNE
  38. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  39. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  40. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  41. A.H.N. Estado liasse 2840.
  42. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  43. Le moniteur de l'armée 1861.
  44. Histoire de la Campagne d'Espagne en 1823, Abel Hugo, Lefuel Libraire-Éditeur 1825.
  45. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  46. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  47. La bataille de Campillo-de-Arena. D’après « Histoire de l’armée et de tous les régiments » – 1850.
  48. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  49. Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, t.1, Ch.Delagrave, 1876, p.89.
  50. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  51. David Bell, La première guerre totale. L’Europe de Napoléon et la naissance de la guerre moderne, Seyssel 2010.
  52. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  53. L’expédition d’Espagne en 1823 : mémoire de la campagne napoléonienne et expériences d’une guerre limitée, Emmanuel Larroche
  54. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  55. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  56. Historique du 8ème Régiment d'artillerie
  57. Le Pays lorrain : revue régionale bi-mensuelle illustrée, Charles Sadoul, Société d'archéologie lorraine. Berger-Levrault (Nancy) : 1912.
  58. L’expédition d’Espagne en 1823 : mémoire de la campagne napoléonienne et expériences d’une guerre limitée, Emmanuel Larroche
  59. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  60. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  61. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  62. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  63. La prise du Trocadéro, d’après La France guerrière : récits historiques d’après les chroniques et les mémoires de chaque siècle – Charles d’Héricault – Louis Moland – 1878
  64. La prise du Trocadéro, d’après La France guerrière : récits historiques d’après les chroniques et les mémoires de chaque siècle – Charles d’Héricault – Louis Moland – 1878
  65. L’INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE EN 1823
  66. La prise du Trocadéro, d’après La France guerrière : récits historiques d’après les chroniques et les mémoires de chaque siècle – Charles d’Héricault – Louis Moland – 1878
  67. La prise du Trocadéro, d’après La France guerrière : récits historiques d’après les chroniques et les mémoires de chaque siècle – Charles d’Héricault – Louis Moland – 1878
  68. La prise du Trocadéro, d’après La France guerrière : récits historiques d’après les chroniques et les mémoires de chaque siècle – Charles d’Héricault – Louis Moland – 1878
  69. La prise du Trocadéro, d’après La France guerrière : récits historiques d’après les chroniques et les mémoires de chaque siècle – Charles d’Héricault – Louis Moland – 1878
  70. Histoire de la Campagne d'Espagne en 1823, Abel Hugo, Lefuel Libraire-Éditeur 1825.
  71. L'EXPÉDITION D'ESPAGNE
  72. Historique du 8ème Régiment d'artillerie
  73. Le Pays lorrain : revue régionale bi-mensuelle illustrée, Charles Sadoul, Société d'archéologie lorraine. Berger-Levrault (Nancy) : 1912.
  74. Base Leonore, Dossier : LH/2748/80
  75. [1]
  76. [2]
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